Myriam Allard 

La danseuse et chorégraphe Myriam Allard – photo courtoisie
Carole Trempe
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Danser à l’orée de l’invisible

Carole Trempe – Myriam Allard est née à Québec d’un père franco-manitobain et d’une mère gréco-britannique. Dans sa famille, on danse et on incarne l’ouverture sur le monde.

Un jour, elle écoute un film de Lelouch : La Belle Histoire, c’est alors qu’elle reçoit une flèche en plein cœur. Elle est bouleversée par la trame sonore au point de traverser l’Atlantique seule pour aller apprendre le flamenco en Andalousie. Un coup de foudre avec la guitare flamenca. Ce n’était pas un plan de carrière, c’était un élan vital exigeant : courage, désir, détermination, volonté. Un geste héroïque échelonné sur 6 ans ! Sans formation en danse, sans maîtriser la langue espagnole, elle apprend le flamenco avec des grands maîtres. Elle s’imprègne de leur façon de vivre, de leur culture. Elle passe par l’apprentissage traditionnel rigoureux du flamenco pour ensuite en personnaliser l’essence en allant toujours plus loin.

Pleine de son expérience outre-mer, elle rentre à Montréal en 2006 et fonde avec Hedi Graja La Otra Orilla – l’autre rive. Ils signent des œuvres décloisonnées, un alliage de théâtre, de danse, de chant et de musique. Elle est chorégraphe, interprète, mentor, collaboratrice, enseignante. Une artiste complète, avec une grande conscience de l’humanité éminemment présente au cœur de ses créations.

Ce qu’elle dit au sujet du coût de sa carrière est très fort : tout. Mais elle renverse immédiatement la logique du sacrifice : le sacrifice n’existe pas quand on adore ce qu’on fait. Elle oppose implicitement les carrières traditionnelles où l’on arrive quelque part et la vie d’artiste où tout est à réinventer à chaque jour. Ce qui est beau dans son témoignage, c’est qu’elle ne le dit pas avec amertume. Au contraire, elle est habitée par cet état de recommencement perpétuel comme une nécessité vivante qui donne du sens à sa vie, à la vie.

Le bonheur réside dans le fait de se lancer dans le vide et de vivre l’inconnu à chaque fois qu’elle monte sur scène. Elle sait lâcher prise dans la plus pure maîtrise de son art. Cela résume bien la grande maturité artistique de Myriam, maîtriser profondément une discipline, pour ensuite pouvoir oublier la technique et habiter pleinement le moment présent.

Chaque spectacle est différent, elle capte l’énergie de son public, elle reçoit le ressenti des gens et le transforme en présence incarnée. Elle aime que le public voyage avec elle, que les humains retrouvent leurs valeurs, se reconnaissent.

Elle place son art, son expertise, ses créations au service de l’humain, du vivant. Lorsqu’elle danse, elle devient un canal. Une entité artistique transcendée par le plus grand que soi. On sent chez elle une maturité existentielle et artistique. C’est l’expérience de vie qui nous amène là, dira-t-elle. Les Espagnols parlent du duende dans le flamenco, concept difficile à traduire autrement que par une sorte d’état de grâce, d’intensité spirituelle, de sensation d’être traversé.

C’est vers ce concept qu’elle mène ses étudiants en leur transmettant non seulement une technique ou un style, mais une manière d’habiter l’art à partir de leur corps bien ancré et fluide.

Dans les sentiers, ils seront quatre : guitare, voix, percussions, danse. Réunis dans cette tension propre au flamenco où la terre, le souffle et l’invisible dialoguent encore.

FASS, 25 juillet 2026, Sentiers de la danse, Parcours 1. La Otra Orilla

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