Parlons bête

MacIntosh, son poney qui l’accompagne pour certaines visites en zoothrapie – photo Sara Joly
Carole Bouchard
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Anne-Marie Lavallée et ses partenaires animaux

Carole Bouchard – Les animaux ne pensent pas comme nous, mais ils ont clairement des émotions, des préférences, des capacités sociales et une sensibilité qu’on a longtemps sous-estimée. Notre approche avec les animaux a beaucoup changé au fil des années. Autrefois, on cherchait surtout à les contrôler par la force ou la punition. Aujourd’hui, plusieurs méthodes privilégient plutôt la compréhension et la coopération. Anne-Marie Lavallée a créé un climat de confiance avec les animaux : ce sont ses partenaires de travail.

Le chien Joy à l’hôpital Shriners : faire de la physiothérapie différemment ! – photo courtoisie

Au fil de ses visites comme zoothérapeute, Anne-Marie tisse des liens précieux avec des personnes seules, âgées ou fragilisées. Et derrière chaque sourire reçu, elle rappelle avec simplicité : « Peut-être croyez-vous que c’est moi qui vous apporte du bonheur… mais c’est tout autant vous qui m’en donnez. » Si la zoothérapie lui procure beaucoup de satisfaction, Anne-Marie souhaitait néanmoins explorer une autre façon d’entrer en contact avec l’animal. Plus qu’un simple autre mode de communication, c’était une intuition profonde : elle sentait qu’elle pouvait entrer en relation avec les animaux. En 2024, c’est aux côtés de l’éducateur Danny Bélanger, de Simplement canin, qu’Anne-Marie s’est rendue au Bioparc de la Gaspésie. Pour cette formation, elle a côtoyé des loups, des ours, des porcs-épics, des loutres… et même un lynx. Chaque animal représentait un défi différent, mais tous exigeaient la même approche : une capacité d’observation, un calme émotionnel, de la patience et une connaissance du comportement de l’animal. « Il faut rester calme, être à l’écoute et apprendre à observer autrement pour créer un lien », explique Anne-Marie. En comportement animalier on ne parle pas avec l’animal et on ne le touche pas. On doit comprendre l’état émotionnel de l’animal sans lui prêter des émotions humaines.

La communication animale

Une barrière sépare l’humain et l’animal, mais la relation de confiance permet une coopération volontaire. Par exemple, explique Anne-Marie : « Entrainer un ours afin que, sur commande, il ouvre la bouche pour pouvoir regarder ses dents; ou, avec le lynx, il fallait lui apprendre à rester appuyé contre la clôture afin de lui donner ses vaccins.» Anne-Marie raconte cet anecdote en riant « Mais la boulette de viande ne tenait pas à cause de la chaleur… et le lynx a zéro patience et il devenait vite enrager.» Ce type de formation en comportement animalier permet de travailler en collaboration avec un vétérinaire ou comme animalier dans un zoo. Ces intervenants travaillent précisément à instaurer une interaction de confiance pour permettre des soins vétérinaires sans stress ni contention lourde et évitent les anesthésies inutiles. Ce lien émotionnel peut être essentiel pour éviter la panique pendant les examens médicaux.

Zoo-lecture avec des personnes déficientes intellectuelles et un lapin.– photo courtoisie

Anne-Marie a entrepris une autre formation avec Stéphanie Ouellette (Elle parle aux animaux) pour une période de sept mois. Celle-ci décrit la télépathie animale comme une forme de communication intuitive avec les animaux, utilisée pour mieux comprendre leurs comportements, leurs émotions ou leurs besoins. Anne-Marie livre ce témoignage : « J’ai eu la chance de rencontrer un caracal qui a partagé avec moi qu’il avait mal aux oreilles. Car il y a plusieurs façons de communiquer : moi j’entends et je reçois des images et j’ai des frissons qui passent dans tout le corps ce qui, pour moi, confirme son message; j’ai l’impression de devenir leur voix ». 

Même si aucune preuve scientifique solide n’a démontré qu’un humain peut recevoir directement les pensées ou douleurs d’un animal par télépathie, Anne-Marie affirme qu’elle sait ce qu’elle a vécu avec certains animaux. Entre science du comportement animal, intuition et relation de confiance, le parcours d’Anne-Marie Lavallée illustre à quel point le lien entre l’humain et l’animal peut prendre différentes formes. Qu’on y adhère ou non, son approche repose avant tout sur l’écoute, la patience et le respect de l’animal. Et pour Anne-Marie, cette connexion particulière demeure au cœur de tout ce qu’elle entreprend auprès d’eux.

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