Une usine d’épuration abandonnée !

Photo: Bruno Montambault
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Christian Bordeleau – L’usine d’épuration des eaux usées de Ste-Adèle (Mont-Roland), qui aurait dû recevoir «trois fois» le budget qui lui a été alloué -depuis des années- est dans un état de dégénérescence. Un laisser-aller qui a des conséquences sur la qualité de l’assainissement des eaux usées que rejette cette station dans la rivière du Nord. Pompe défectueuse, déssableur inactif, filtres aux sables hors service depuis 1992 et dégrillage absent: ce ne sont que quelques-une des carences de l’usine -passées et présentes- dues à un sous-financement chronique. Impact sur la qualité de l’eau?

Lors de la visite surprise du Journal à la station de Ste-Adèle, on venait d’arranger la vis d’Archimède qui permet le transport des boues, une vis qui a eu des ratées à plusieurs reprises, ce qui a causé des problèmes majeurs à l’équipe d’entretien de l’usine. «On devait littéralement pelleter la marde» confie un employé de l’usine. Faute de financement, la vis a été rafistolée par l’équipe technique de façon temporaire après qu’elle ait «pelleté» les excréments pendant six mois. «Dans le cas d’une vis comme cela, on parle d’environ 30000$», une dépense que la classe politique de Ste-Adèle ne semble pas prête à faire. Dans le cas d’un bris d’un autre équipement essentiel d’une valeur d’environ 6000$, «il a fallu qu’on fasse des pressions sur la municipalité pour dire que c’en était assez, et que c’était essentiel, pour que finalement on débloque un «budget spécial» renchérit-il. Ironiquement, un magnifique parc municipal comportant des jeux pour les enfants était construit à grand frais à moins d’un kilomètre de l’usine. À ce propos, il est évident que «politiquement parlant, c’est plus payant», sans jeu de mots!

Les conséquences d’un manque d’entretien influencent directement le comportement des autres équipements de l’usine d’épuration. Par exemple, le dégrilleur -un grillage mécanique qui bloque les grosses particules à l’entrée de l’usine- est resté brisé pendant plus d’un an et demi et a donc engendré le bris à plusieurs reprises des pompes et d’au moins une des écumoires. «Les condoms et les tampons entraient dans le circuit et bloquaient nos équipements de filtration ce qui fait grimper la facture en bout de ligne», ajoute l’expert en exploitation des usines de filtration. Lorsque le Journal enquêtait sur le site, la pièce de remplacement arrivée quelques jours auparavant, n’était toujours pas en place.

«Les boues dont on parle sont les résidus vaseux des matières solides après le processus de filtration : excréments, serviettes sanitaires, condoms, tampons, huile à friture, etc» explique le technicien. Tout ce qui peut être évacué par une toilette et qui est de nature solide sera transformé en «boue»; un résidu qui peut être vendu à des tiers pour engraisser les champs lorsque la qualité de ces mêmes boues est jugée satisfaisante.

Pour sa part, la municipalité annonce plusieurs investissements dans l’usine, dont un système ultra-violet annoncé l’année passé et relaté dans un de nos articles en 2005. Malgré cela, l’usine de filtration de Ste-Adèle est dans la mire du ministère des affaires municipales et régionales (MAMR); elle détient l’une des huit places –peu enviable– dans la liste noire des pires ouvrages de filtration qui génèrent plus de 20 000 coliformes fécaux. Le ministère, qui est inconséquent dans ses politiques, autorise des rejets qui sont démesuré: 50 000UFC/100ml. Ces rejets sont autorisés parce que la station est désuète et dysfonctionnelle et parce qu’un système ultra-violet n’est toujours pas installé depuis cinq ans; le tout, dans le but implicite de ne pas faire «descendre» les statistiques «positives» du MAMR.

Lorsqu’en corollaire, le Journal l’a abordé quant à la question de la qualité de l’eau que l’on boit au robinet, il affirme que jamais il ne boirait de l’eau provenant des usines de filtration en «général» pour ne point en nommer. «Jamais je ne toucherais à ça! Demandez-vous pas pourquoi les enfants ont mal au ventre à l’école.»

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