Plein[s] Écran[s] : les courts-métrages incontournables

Photo : tirée du film Goodbye Golovin, réalisé par Mathieu Grimard et présenté le 22 janvier.
Étienne Robidoux
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Voici notre sélection, pour vous aider à vous retrouver dans le festival Plein(s) Écran(s)

Étienne Robidoux — Lancé le 13 janvier dernier, le festival en ligne de court-métrage Plein[s] Écran[s] se poursuit jusqu’au 24 janvier. Pour ceux qui auraient manqué des films, une offre en rappel au coût de cinq dollars sera disponible. Voici les films à voir et un retour sur quelques films marquants.

Les incontournables à vernir

« Je ne suis pas un groupie d’Elvis [Presley], c’est mon frère, c’est mon ascendant, c’est moi dans une autre vie », lance Elvis Lajoie. Le 20 janvier, le documentaire King Lajoie (26 minutes), réalisé par Joanie Lafrenière, débarque sur vos écrans, paillettes scintillantes en prime. On rencontre Elvis Lajoie, le Elvis Presley de Trois-Rivières, dans toute sa splendeur : sur scène, dans un salon de bronzage ou dans une salle de chirurgie capillaire. Les parents d’Elvis Lajoie, son astrologue, sa secrétaire, son conducteur de limousine et plusieurs autres racontent l’ascension du King de Trois-Rivières à la fin des années 1980.

Disponible le 21 janvier, le très émouvant Jarvik (19 minutes), réalisé par Emilie Mannering, se construit autour d’une famille composée d’une mère (Monia Chokri), de deux sœurs et d’un frère. Ce dernier a un cœur mécanique et une santé fragile. Nous plongeons délicatement dans le quotidien de la famille endeuillée après la mort du père, il y a un an. « Parle-moi », écrit Léa, l’aînée, sur le sol de leurs cours arrière. Le rire et les plaisirs enfantins réparent les grands et les petits drames. Après s’être fait chatouiller, le frère demande à sa jeune sœur : « Est-ce que t’aimes mieux mourir noyée ou d’une chute libre? » La mort est abordée gravement ou avec humour. Dans tous les cas, elle fait partie du quotidien.

Dans un style narratif singulier et intimiste, Mathieu Grimard nous emmène en Ukraine avec Goodbye Golovin (14 minutes, sur Facebook le 22 janvier). Le jeune homme Ian Golovin, endeuillé par la mort de son père, raconte dans une narration feutrée qu’il a décidé de fuir son pays natal. Il ne l’a pas encore annoncé à sa sœur, Anna, ni à son entourage. « Penses-tu qu’en changeant d’audience, tu vas changer qui tu es? », lui lance son amie Masha dans une cage d’escalier, se doutant de ses projets. À ce moment, Ian pose un regard pénétrant sur lui-même. Ce dont il tente de se libérer, c’est de la violence refoulée qui l’habite.

Des films en rappel

Une partie du contenu québécois sera disponible en rappel sur le site du festival, après le festival, du 25 au 31 janvier. Pour un coût de cinq dollars, les spectateurs auront accès à vingt-trois films québécois, quatre projections commentées et deux classes de maître, dont l’une avec Jean-Marc Vallée. Voici quelques films marquants que vous pourrez revoir.

Maureen, une femme d’âge mûr qui connaît une relation malheureuse avec son mari, verra sa vie basculer lors d’un accident de voiture. La femme rencontre un jeune homme avec qui elle fait un pacte macabre. C’est la prémisse du film surprenant Je finirai en prison (23 minutes), d’Alexandre Dostie. Soulignons la beauté des plans des forêts nordiques beauceronnes, où le tournage a eu lieu. En plus d’avoir été sélectionné au prestigieux festival Sundance, il a connu 116 sélections et récolté 27 prix à travers le monde.

Le Journal s’est entretenu avec le réalisateur de Je finirai en prison, Alexandre Dostie, après une projection commentée de près de deux heures, en direct et en compagnie de la comédienne Martine Francke, qui joue Maureen, la protagoniste. « On a vraiment revécu le film », dit le réalisateur.

Il ajoute avoir été impressionné par la participation du public, qui ont commenté et réagit en grand nombre. Environ 200 personnes ont assisté à la rencontre. « C’est l’équivalent d’une belle salle remplie », illustre-t-il

Ce qui lui plait dans le court-métrage? « C’est la part de risque, lance-t-il sans hésiter. Le long-métrage, c’est un long processus. Avec un court-métrage, la charge monétaire est moindre et ça nous permet de prendre plus de risque. Il faut oser. »

Le réalisateur prend des risques dans son film où s’entrecroisent les genres : drame, suspense, horreur et même comédie. Ce mélange de genres est représentatif de la vie réelle, selon lui, dont il dit s’inspirer. Le pari est réussi puisque l’ensemble est cohérent et captivant.

En rattrapage

Réalisé par Gabriel Vilandré, le film Madame Mollard (17 minutes) enchante par son récit simple et efficace. En plein été, un jeune couple découvre un piano sur la pelouse d’une maison de banlieue. L’instrument a appartenu à Jacynthe Mollard, une célèbre pianiste. Le jeune couple offre 100 $ au mari de la défunte. Un autre couple, plus âgé, débarque soudainement et offre 800 $. M. Mollard organise un concours dont lui seul sera le juge pour décider qui mettra la main sur le piano. Les voisins s’installent, le spectacle commence. L’humour absurde, l’utilisation du noir et blanc et la banlieue comme toile de fond rappellent le film Tu dors Nicole, réalisé en 2014 par Stéphane Lafleur.

Dans Mélopée (17 minutes, réalisé par Alexis Fortier-Gauthier), trois jeunes amis en vacances s’installent dans un chalet en bordure de la mer. Une intrigante mélodie mélancolique se glisse jusqu’au rivage, comme la complainte d’une sirène. Le traitement sonore du film est unique, dont l’intérêt réside dans les subtilités et les non-dits. Justement, l’une des trois est sourde. Ça ne l’empêchera pas d’être happée par la mélopée, dans un univers qui tourne à l’horreur.

No crying at the dinner table (15 minutes) est sans nul doute du documentaire le plus poignant de la compétition. La cinéaste vietnamienne-canadienne Carol Nguyen interroge et enregistre à tour de rôle les trois autres membres de sa famille. On découvre des êtres qui se livrent sur leurs douleurs, sur leurs traumatismes et sur leurs deuils. Carol Nguyen filme la réaction de sa famille, réunie pour réécouter les entrevues. La famille, qui a du mal à communiquer et s’interdit de pleurer, écoute en silence leurs propres révélations. L’émotion monte. La parole est libérée.

Programmation française

Parmi les films français, soulignons le brillant Brûle, réalisé par Elvire. Qu’on nous fasse vivre une palette d’émotions aussi vaste en seulement 23 minutes tient du génie. Maya, une jeune femme, se blesse dans un atelier de soudure et ment sur la nature de l’accident. Le désir est équivoque, tout comme la manipulation de sa patronne dont la bienveillance est suspecte. 

Le film d’animation Maestro, de la compagnie française Illogic dure à peine deux minutes et pourtant, il réussit à déployer une éblouissante féerie. Un étang se transforme en salle de concert où toute la faune entame un seul chant, grandiose.

Redonner au court-métrage ses lettres de noblesse

Alexandre Dostie, qui a travaillé pendant dix ans comme distributeur de films, a remarqué un changement de perception par rapport aux courts-métrages au cours des dernières années. « On est dans une époque où la consommation de produit culturel se passe de plus en plus en ligne, avance M. Dostie. Les contenues de plus courtes durées gagnent en valeur. »

Le réalisateur ajoute que le festival contribue à démocratiser le court-métrage. « Ça pique certainement la curiosité de gens qu’on n’aurait pas vus en festival autrement. »

Y a-t-il un inconvénient à la gratuité des films du festival en ligne? « Au Québec, on a la chance que la culture reçoive un soutien [financier] de la population. C’est important que le public connecte avec mon film parce que c’est le public qui le paye », conclut-il.

Les films gagnants du festival Plein(s) Écran(s) seront annoncés le 24 janvier sur Facebook.

Accès au films: https://www.facebook.com/pleinsecrans

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