Bonheur de lecture

Valérie Lépine
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La mer, la mer…

Valérie LépineCertains la contemplent du rivage, d’autres en parcourent la surface, les plus aventureux en explorent les profondeurs. La mer fascine, angoisse, envoûte. Et cet émerveillement qu’inspire la mer est quintuplé après la lecture du livre La mer autour de nous, de Rachel Carson.

Qualifié de référence en écologie marine, vendu à 1 000 000 d’exemplaires dans le monde entier, récompensé par de nombreux prix, l’ouvrage La mer autour de nous, bien qu’écrit en 1951 (et mis à jour par la suite) reste, selon les experts, totalement d’actualité.

L’auteure, Rachel Carson, est surtout connue pour son livre-choc, Printemps silencieux (Silent Spring, 1962) qui a démontré les effets néfastes des pesticides comme le DDT sur la biodiversité et a lancé le mouvement écologiste. Carson a étudié en biologie à l’Université John Hopkins dans les années 30 et s’est consacrée par la suite à la diffusion et à la vulgarisation des connaissances en océanographie.

Dans La mer autour de nous, Rachel Carson réussit à transmettre sa passion pour la mer avec son écriture à la fois précise et imagée. Certains qualifient son écriture de poétique. J’y vois plutôt une façon de décrire les découvertes scientifiques en faisant appel à nos sens : on est oppressé par le poids de l’eau dans les abysses, on voit la beauté des animaux marins, on est bousculé par la puissance des vagues. Excellente vulgarisatrice, l’auteure fait de chaque chapitre une nouvelle histoire : celle des vagues, de la naissance des îles, de la vie en eaux profondes, des animaux microscopiques dont regorge la mer, des montagnes sous-marines.

J’ai été totalement captivée par ce que j’ai appris dans ce livre. Si on m’avait filmée durant ma lecture, on aurait tout de suite vu la fasciation dans mes grands yeux ronds et la surprise dans ma bouche à demi ouverte.

Saviez-vous que la mer des Sargasses, dont la superficie s’approche de celle des États-Unis, est constituée d’algues, de plantes et d’animaux qui ont dérivé pendant des mois, voire même des années, dans le Gulf Stream pour aboutir dans cet espace géographique unique au monde? Certains scientifiques pensent même que la sargasse, une algue brune originaire des Antilles et de la Floride, a une vie presque éternelle, croissant et se reproduisant par fragmentation à l’infini.

Saviez-vous que si la compression exercée sur l’eau de la mer (compression due aux kilomètres d’épaisseur d’eau sur les couches inférieures) devait être supprimée, le niveau de la mer s’élèverait d’une trentaine de mètres, ce qui repousserait le littoral est des États-Unis de 160 kilomètres vers l’ouest?

Peut-être saviez-vous que les îles océaniques abritent des formes de vie uniques au monde. Les croisements avec des individus d’espèces proches étant impossibles, l’évolution de la vie sur les îles isolées en mer a donné lieu à l’apparition d’espèces endémiques remarquables qui défient la tendance évolutionnaire à éliminer les traits spéciaux ou anormaux. Ainsi, les oiseaux insulaires ont eu tendance avec l’évolution à perdre la capacité de voler ou à augmenter de taille. Rachel Carson donne l’exemple du dinornis, un oiseau proche de l’autruche, qui mesurait 4 mètres de hauteur. Cet oiseau géant a parcouru les îles de la Nouvelle-Zélande à partir du début de l’ère tertiaire. Leurs derniers représentants ont disparu avec l’arrivée des Maoris.

Rachel Carson termine son introduction à l’édition de 1960 par ces mots inquiétants, mais visionnaires : « Il est étrange de penser que la vie a surgi de la mer et que la mer est désormais menacée par l’une des formes de cette vie. Mais la mer, même si elle est entraînée dans une évolution désastreuse, continuera à exister; la menace porte plutôt sur la vie elle-même. »

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