Mes meilleures lectures 2019 

Valérie Lépine

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Valérie Lépine – Voici les lectures qui ont marqué mon année littéraire 2019.

La panthère des neiges de Sylvain Tesson (2019) : « Sa fourrure était une nacre aux reflets bleus. Pour cela on l’appelait panthère des neiges : elle arrivait comme la neige, silencieuse, et se retirait à pas de feutre, fondue dans la roche. ». Voilà comment Sylvain Tesson décrit cet animal fugace presque décimé par la folie des hommes. Récit d’un voyage au Tibet en plein hiver durant lequel l’auteur accompagnait Vincent Munier, photographe animalier, La panthère des neiges relate les semaines passées à attendre l’apparition de ce félin en voie de disparition. Sylvain Tesson y décrit les conditions souvent difficiles dans lesquelles se sont faites les recherches, mais il y consigne surtout les réflexions que les nombreuses heures de guet en silence lui ont inspirées. Dans une langue à la fois lumineuse, métaphorique, poétique et empreinte d’une grande spiritualité, Tesson expose entre autres son admiration pour la nature et ses inquiétudes face à nos excès : « La terre avait été un musée sublime. Par malheur, l’homme n’était pas conservateur. » […] « L’une des traces du passage de l’homme sur la Terre aura été sa capacité à faire place nette. L’être humain avait résolu la question philosophique de la définition de sa nature propre : il était un nettoyeur. »

Diner à Montréal de Philippe Besson (2019) : Deux hommes qui se sont aimés dans leur jeunesse se retrouvent de façon inattendue à Montréal. Ils décident de souper ensemble dans le but inavoué de comprendre les raisons de leur rupture. Le roman est constitué pour l’essentiel de cette réunion teintée de nostalgie, de regrets, de questionnements et d’espoir. J’ai été totalement happée par ce huis-clos qui décrit avec beaucoup de réalisme et de justesse la complexité des sentiments de chacun des protagonistes. Certains de ses passages nous restent longtemps en tête comme celui-ci qui cristallise le cœur du récit: « Pourtant, ce n’est pas du tout pareil, un regret et un remords, c’est même si différent que, dans cette différence, on peut loger une vie ratée. »

Le naufrage des civilisations d’Amin Maalouf (2019) : Cet essai est une analyse intelligente, réfléchie et éclairante de l’état actuel de la civilisation occidentale. Plongée dans une crise profonde, notre civilisation et ses valeurs humanistes semblent vouloir se disloquer. Amin Maalouf montre du doigt l’échec d’une intégration harmonieuse des pays du Levant comme déclencheur de la déliquescence des sociétés qui croulent actuellement sous le règne du chacun pour soi, de la crise du climat et de la montée des populismes. Voici son constat :

« Il est clair, en tout cas, que nous sommes entrés dans une zone tumultueuse, imprévisible, hasardeuse, et qui semble destinée à se prolonger. La plupart de nos contemporains ont cessé de croire en un avenir de progrès et de prospérité. Où qu’ils vivent, ils sont désemparés, rageurs, amers, déboussolés. Ils se méfient du monde bouillonnant qui les entoure, et sont tentés de prêter l’oreille à d’étranges fabulateurs. Tous les dérapages sont désormais possibles, et aucun pays, aucune institution, aucun système de valeurs ni aucune civilisation ne semble capable de traverser ces turbulences en demeurant indemne. »

Le guépard de Giuseppe di Lampedusa (1958) : Publié à titre posthume, ce roman est largement inspiré par la vie de l’arrière-grand-père de l’auteur. Avec comme trame de fond les troubles qui ont précédé l’unification de l’Italie, Giuseppe di Lampedusa y décrit la vie fastueuse et régimentée de don Fabrizio Corbera, prince de Salina qui, en bon aristocrate, voit d’un très mauvais œil la montée au pouvoir des bourgeois en Sicile. L’auteur réussit admirablement bien à fondre l’histoire de la Sicile à celle de la famille Salina. Son écriture tout en finesse arrive aussi à nous plonger dans les méandres de la pensée d’un prince cultivé mais orgueilleux qui lutte pour conserver l’intégrité de son statut et de ses privilèges mais qui pressent lucidement que ceux-ci ne seront bientôt qu’une chose du passé. L’auteur, de son vivant, n’a jamais réussi à faire publier son roman. Ironiquement, cette œuvre est maintenant considérée comme une des plus importantes de la littérature italienne moderne.

Canada de Richard Ford (2012) : Au moment de prendre sa retraite, Del Parsons se remémore le moment où, à 15 ans, sa vie a basculé. D’une vie paisible et monotone dans une ville du Montana, il passe à l’existence précaire d’un fugueur en Saskatchewan. Dans ce roman d’apprentissage, Richard Ford trace avec sensibilité et sans misérabilisme la vie d’un adolescent un peu naïf soudainement plongé dans le monde sans merci des adultes. La structure du récit faite d’allers-retours entre passé et présent maintient de façon efficace l’attention du lecteur. Le roman propose aussi en filigrane une réflexion sur le sens des choix qui parfois peuvent changer le cours d’une existence.

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