Recyclage

Recyclage -Journal des citoyens de Prévost

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Corriger une aberration

Émilie Corbeil – Le 31 janvier dernier, en marge du caucus de la Coalition Avenir Québec tenu à Saint-Sauveur, François Legault et Benoît Charette, ministre de l’Environnement, ont fait conjointement l’annonce de la venue prochaine d’une consigne sur tous les contenants de boisson de 100 ml et plus, qu’ils soient en verre, métal ou plastique, ainsi que pour tous les types de breuvage, eau comprise. Ils espèrent ainsi corriger une aberration voulant que la consigne ne s’applique qu’aux boissons gazeuses.

Cette mesure, additionnée de l’annonce récente de l’élargissement de la responsabilité des entreprises qui mettent sur le marché des emballages, aura des impacts majeurs sur la manière dont nous recyclons. 

La fin du « tout au bac » ?

Le dossier du recyclage est complexe et il est difficile de comprendre l’impact des changements qui seront initiés prochainement. C’est que depuis longtemps, on nous enseigne à mettre nos matières recyclables au bac. Une solution simple pour les citoyens, mais ô combien inefficace dans sa finalité! Il faudra en arriver à terme à réutiliser lesdites matières dans un esprit d’économie circulaire.

En effet, les matières mélangées doivent être triées et ne pourront jamais l’être parfaitement. À la sortie des centres de tri, ces dernières agissent comme contaminants des unes et des autres. Il y a un peu de verre dans le plastique, un peu de plastique dans le papier, etc. Souvent, un taux même très faible d’impuretés annihilera tout espoir de voir les matières traitées par le centre de tri être recyclées convenablement.

Ces matières de faible qualité prenaient donc le chemin de pays étrangers, et ce jusqu’à ce que ces derniers finissent par les refuser à partir de 2017, sonnant le début d’une crise mondiale du recyclage. Pourtant, le verre, le papier et les différents types de plastiques récupérés pourraient incontestablement avoir une belle valeur sur le marché s’ils étaient exempts d’impuretés. 

François Legault en a d’ailleurs parlé lors de l’annonce de la consigne élargie : le Québec profitera de ce nouvel apport de matières premières de qualité.

L’exemple du verre

À l’heure actuelle, Recyc-Québec calcule qu’environ 72 % du verre mis au recyclage finit dans les dépotoirs. La raison en est que ce verre, même très faiblement contaminé par d’autres matériaux mis à tort dans le bac (céramique ou porcelaine), ne peut pas être refondu en vue de fabriquer de nouvelles bouteilles et ne trouve pas preneur. 

Pourtant le verre, suffit qu’il soit pur, peut être refondu à l’infini. Son rejet en dépotoir est d’autant plus catastrophique qu’il n’est pas soumis aux redevances à l’élimination. En d’autres mots, le verre, contrairement aux autres déchets, se voit réserver une place gratuite dans nos sites d’enfouissement.

Refondre ou revaloriser ?

La consigne élargie qui sera bientôt en place évitera que des centaines de millions de bouteilles soient dirigées vers les dépotoirs. Plusieurs entreprises de recyclage, dont Tricentris, se sont pourtant fortement opposées à la consigne du verre. Elles ont plutôt proposé des manières de le revaloriser qui ne nécessitent pas qu’il soit parfaitement pur, comme son ajout dans le béton. 

Cette revalorisation, si elle permet d’alléger nos sites d’enfouissement, ne répond toutefois pas à la problématique de la raréfaction de la silice, dont est fait le verre. Plus encore, son extraction est extrêmement polluante puisque le sable d’où elle provient est extrait des cours d’eau. Cette opération les rend turbides et bloque la lumière pour les récifs coralliens et les végétaux aquatiques. Elle fragilise les berges et cause une importante érosion, entre autres problèmes.

La consigne nous permettra d’obtenir du verre pur, sans contaminant, et de le refondre afin de fabriquer d’autres bouteilles. Et en refondant le verre, on agit à la source pour réduire l’extraction de la silice qui le compose. 

Après le zéro déchet, le zéro récup ?

Qu’adviendra-t-il de notre habitude du « tout au bac » alors que l’on sait que la solution se trouve dans la pureté de la matière issue de la récupération ? Certains proposent une collecte réellement sélective : une fois, on cueillera le papier, l’autre, le plastique, et la dernière, le verre non consigné. Mais encore faut-il savoir que le terme « plastique » est un générique qui regroupe sept classes de matières qui ne peuvent pas être traitées ensemble. Si les producteurs et distributeurs d’emballages réussissent à proposer aux consommateurs une méthode pratique pour la réutilisation des contenants, nos bacs de récupération pourraient s’alléger considérablement.

L’idéal et la responsabilité des entreprises

L’exemple du verre n’a pas été choisi au hasard ici. Le verre, c’est l’idéal. Il est le seul emballage alimentaire généralement considéré comme sécuritaire. Dans les plastiques, les bisphénols (pas que le « A ») et autres contaminent nos aliments. Le verre est également le seul emballage alimentaire recyclable à l’infini. Et il n’a pas besoin d’être refondu. Comme nous le faisons avec grand succès depuis longtemps avec nos bouteilles de bière, nos contenants de verre pourraient être simplement nettoyés et réutilisés. Une fois brisés, ils pourraient être refondus. Bien entendu, le marketing en prendrait pour son rhume. Il faudrait que les entreprises fassent comme les brasseurs : Utiliser les mêmes contenants, de forme et de couleur uniques, pour leurs produits. Là, peut-être, se trouve notre salut.

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