La pandémie et les organismes communautaires

Impact de la pandémie - Journal des citoyens
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Les impacts de la pandémie sur les organismes communautaires des Laurentides

Émilie Corbeil  En janvier dernier, le Conseil régional de développement social des Laurentides (CRDSL) publiait un rapport sur les impacts de la pandémie sur les organismes communautaires de la région. Le rapport, financé grâce au Fonds d’urgence pour l’appui communautaire (FUAC), met en lumière les défis inhérents au contexte pandémique, mais également la misère ordinaire des organismes, lesquels souffrent de financements ponctuels, alors qu’ils doivent rendre des services essentiels en continu.

Coupés du monde

Violaine Guérin, coordonnatrice du CRDSL et auteure de l’étude, s’est entretenue avec le Journal. D’entrée de jeu, elle a souligné que l’essentiel de la problématique vécue des suites du confinement au printemps dernier tenait à la perte de contact avec la clientèle la plus vulnérable. En effet, les personnes en situation d’itinérance, celles souffrant de problèmes de santé mentale ou de troubles cognitifs étaient particulièrement difficiles à rejoindre. Dans les organismes, on s’inquiétait d’elles, sans cesse.

Aussi, beaucoup plus de personnes en situation d’itinérance cherchaient des lits. Madame Guérin explique que le phénomène est dû au fait que les restaurants et organismes publics ayant fermé leurs portes, ces personnes n’avaient nulle part où s’abriter : « Quand tout est fermé, le phénomène de l’itinérance paraît plus ». Une cellule de crise a donc dû être organisée d’urgence. La Ville de Saint-Jérôme a répondu très rapidement en rendant l’aréna disponible. Désormais, la Ville de Sainte-Agathe offre également une halte chaleur. 

Maintenant, les organismes communautaires aimeraient voir plus de travailleurs de rue sur le terrain. Leur travail est capital afin de garder le contact avec les personnes les plus vulnérables.

Trouver des solutions dans l’urgence

Dès le début de la crise, tous les organismes communautaires se sont unis et ont mis leurs ressources et leurs compétences au service de la population. Les personnes âgées ont été jointes au téléphone très rapidement et régulièrement afin de connaître leurs besoins et de s’assurer de leur bien-être. Alors que les marchés estimaient parfois les délais à plus d’une semaine pour livrer des denrées, les organismes ont offert de s’occuper des courses. 

Avec les responsables du CISSS, les MRC, les Municipalités, les organismes communautaires ont trouvé des solutions immédiates pour répondre à des problèmes urgents. Plusieurs d’entre eux ont assoupli les règles d’accès à l’aide alimentaire afin de desservir rapidement les foyers dans le besoin. En effet, on a enregistré, presque partout sur le territoire, une hausse marquée des demandes d’aide alimentaire. Et les demandeurs n’avaient pas le même profil qu’à l’habitude. Maints d’entre eux n’avaient jamais eu recours à l’aide alimentaire avant la pandémie et se sont retrouvés sur le carreau après avoir perdu leur emploi, surtout dans l’industrie du tourisme. 

Selon madame Guérin, plusieurs avaient un salaire qui dépassait les montants reçus grâce à la PCU. Les factures, qui ne baissaient pas, ont fini par s’accumuler, et ces personnes n’ont eu d’autre choix que de demander de l’aide. Dans les organismes, on a également remarqué les nouveaux demandeurs tardaient beaucoup à faire leurs demandes. Ils arrivaient alors qu’ils avaient épuisé absolument toutes leurs ressources. Beaucoup de travailleurs dans les organismes communautaires ont ainsi dû faire face à une clientèle particulièrement en détresse. L’aide à être offerte dépassait largement le cadre alimentaire.

Manquer de bras quand la tâche s’alourdit

Dans les Laurentides comme partout ailleurs, c’est tout un pan de l’action bénévole qui s’est effondré, alors que les personnes âgées ont été forcées de rester chez elles. Ce sont elles, en majorité, qui rendent un précieux service bénévole à leurs communautés. En parallèle, il est devenu particulièrement difficile de recruter de la main-d’œuvre dans le contexte où les prestations gouvernementales surpassaient le salaire minimum. Le défi, encore aujourd’hui, reste entier et met à mal l’offre de service dans de nombreux organismes. 

Pertes financières

Plusieurs organismes, allant chercher une bonne partie de leur financement par la vente de matériel usagé ou d’événement de financement, ont dû essuyer des pertes importantes. L’étude nous apprend que près de la moitié d’entre eux ont dû réduire leurs activités pour joindre les deux bouts. Plusieurs ont réinventé leurs campagnes de financement, par exemple en s’activant sur le Web. On déplore toutefois le fait que les dons se font plus rares et que les donateurs se font moins généreux qu’auparavant.

Financer à la mission

La pandémie n’a pas seulement soulevé de nouveaux problèmes pour les organismes communautaires. Elle a également mis en lumière leur importance et leur grande précarité. Financés au projet, ils sont sans cesse tenus de chercher activement du financement, qui arrive au compte-goutte et qui est toujours octroyé à court terme. 

Il devient extrêmement difficile, dans ce contexte, d’attirer et de maintenir une main-d’œuvre qualifiée. L’état de précarité permanent dans lequel ils sont maintenus les force à se réinventer sans cesse pour soumettre de nouveaux projets, alors qu’il serait parfois bien préférable de maintenir des projets déjà en place qui ont su faire leurs preuves. Aussi, les incessantes demandes de financement accaparent une part importante du travail et dévoient les organismes de leur mission première qu’est le service à la population. À ce sujet, le CRDSL s’active, dans le cadre des consultations prébudgétaires, à demander au gouvernement provincial de leur octroyer un financement de fonctionnement garanti.

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