Capitulation de l’Allemagne

"Le drapeau soviétique flottant sur les toits du Reichstag, 2 Mai 1945", photo de Evgueni Kaldeï
Daniel Machabée
Les derniers articles par Daniel Machabée (tout voir)

Les armes se sont tues sur tous les fronts

Daniel Machabée – « Depuis minuit, les armes se sont tues sur tous les fronts… Sur l’ordre du grand-amiral, la Wehrmacht a cessé un combat devenu inutile. Ainsi se termine une lutte titanesque de près de six ans… Fidèle à son serment, le soldat allemand a accompli, pour son pays, des exploits impérissables. Le peuple l’a soutenu jusqu’au bout, de toutes ses forces et au prix des plus lourds sacrifices. L’Histoire rendra hommage à cette union, jusqu’ici sans précédent, du front et de l’arrière […] Aussi peut-il, en déposant les armes, conserver une légitime fierté en cette heure, la plus grave de notre histoire, avant de se remettre à travailler, avec courage et confiance, pour que l’Allemagne vive éternellement. Aujourd’hui encore, je juge ces paroles justes1. »

Il y a des événements qui changent la face du monde. La capitulation du Haut-commandement allemand le 8 mai 1945 met un terme à la Seconde Guerre mondiale en Europe. Quelques mois plus tôt, à la conférence de Yalta, les Alliés s’entendent sur les nouvelles frontières de l’Europe et des sphères d’influence. C’est le triomphe des deux superpuissances qui vont entraîner le monde dans la Guerre froide : les États-Unis et l’Union des républiques soviétiques. 

Les conditions de la reddition allemande et des forces de l’Axe (Allemagne, Italie et Japon) ont été déterminées lors de la conférence de Casablanca du 14 au 24 janvier 1943, où les Alliés exigèrent la reddition sans condition des forces de l’Axe. Avec l’avancée soviétique vers l’Ouest après l’échec allemand de Stalingrad et le Débarquement de Normandie par les Alliés en juin 1944 puis en Sicile et en Provence, les jours du Troisième Reich sont comptés. Prises en étau, les forces allemandes reculent partout et bientôt le territoire national allemand est lui-même envahi. Les villes allemandes sont bombardées sans ménagement et sans relâche. Les infrastructures civiles et militaires sont détruites. La population fuit devant l’avancée des Soviétiques, ces sous-hommes qui n’ont qu’une obsession : se venger des atrocités commises par les SS sur leur territoire. Ils ne feront pas de quartier. Dans son bunker sous la Chancellerie du Reich à Berlin, Adolf Hitler s’est entouré de ses fidèles. Il rumine sous les ruines de Berlin en accusant les Juifs, l’incompétence de ses généraux et donne des ordres pour détruire les chemins de fer, les routes, les aqueducs, les centrales électriques parce que, dit-il, les Allemands ne méritent pas de survivre à cette défaite. 

La Bataille de Berlin

Adolf Hitler, après s’être marié avec Eva Braun, se suicide dans son bunker2 le 30 avril 1945. Le lendemain, 1er mai, c’est au tour du successeur désigné de Hitler, Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande, de se suicider, après que sa femme, Magda, eut assassiner leurs six enfants dans leur sommeil, car ils ne pouvaient plus vivre dans un monde sans Adolf Hitler. C’est alors l’amiral Karl Dönitz qui est promu chef d’un Troisième Reich à l’agonie. Le 2 mai, la bataille de Berlin, entamée le 16 avril par l’Armée rouge, se termine par la reddition des dernières forces allemandes. Les Soviétiques sont maîtres de Berlin et le drapeau à la faucille et au marteau est hissé sur le Reichstag. Cette bataille fut une des plus meurtrières en vie humaine de la guerre. À défaut de soldats, les derniers combattants de la Volksstrum, cette milice du peuple ne compte que des vieillards et des adolescents fanatisés par les Jeunesses hitlériennes. À mesure de l’avancée soviétique, les combattants sont fauchés dans la fleur de l’âge, mais pas nécessairement par les balles ennemies. Devant leur hésitation, leur manque d’expérience, leur désespoir, certains doutent et désertent. Ils sont alors fusillés sommairement par les SS et la Feldgendarmerie, la police militaire. La 9e armée du général Busse, forte de 25 000 hommes, traverse l’Elbe pour se rendre aux Américains. La reddition de Berlin est signée le 2 mai à 4 h du matin.

La population civile de Berlin, estimée alors à deux millions d’habitants, vit alors un véritable calvaire. Prise entre deux feux, elle doit se réfugier dans le métro, dans les abris souterrains, les caves et les bunkers. L’électricité est coupée, ainsi que le gaz. Une partie du métro est inondée sur ordre du Führer afin qu’il soit inutilisable pour les Soviétiques. Il ne fait pas très chaud en ce début de mai, comme pour accentuer le malheur de la population. Pourtant, la population berlinoise n’est pas au bout de ses peines. Les soldats soviétiques, pour se venger des massacres perpétrés par la SS, s’en prennent aux femmes berlinoises. Des études ont démontré que près de 20 % des femmes de Berlin ont été violées lors de la bataille de Berlin. Ces femmes, comme si tout le malheur du monde leur était imputé, seront plus tard surnommées Les femmes des ruines, car ce sont elles qui déblayeront les ruines de Berlin. La ville de Berlin est détruite à 33 % et le centre-ville à 70 %. La bataille de Berlin a coûté la vie à 22 000 civils et les pertes humaines estimées à 458 058, toute armée confondue. 

Le gouvernement de Flensbourg

Après la mort d’Hitler, les pouvoirs du Reich sont dans les mains de l’amiral Dönitz, dont le quartier général se trouve à Flensbourg, près de la frontière avec le Danemark. Le régime nazi continue de fonctionner malgré la mort de son Führer et malgré la défaite imminente. Les défaitistes sont toujours fusillés, des décorations sont également données sur les ruines d’un empire agonisant. Le nouveau gouvernement provisoire ne dispose cependant pas d’une structure cohérente, étant donné le délabrement des infrastructures et des moyens de communication. Le 2 mai 1945, Dönitz ordonne de continuer le combat à l’Est et négocie avec les Occidentaux. Afin que les troupes allemandes ne tombent pas dans les mains des Soviétiques, Dönitz ordonne aux sous-marins de rejoindre des ports contrôlés par les Britanniques. Le 3 mai, le salut hitlérien est interdit dans la Wehrmacht et les cadres du Führer sont retirés des bâtiments publics encore fonctionnels. La même journée, les gardes du camp de concentration de Mathausen abandonnent le camp. Le 4 mai, Dönitz révoque l’ordre de Hitler concernant la destruction des infrastructures allemandes et interdit toute action de la Werwolf. Cette organisation, composée de corps-franc de volontaires nazis et entraînés par les Waffen-SS, fut créée en même temps que la Volksstrum en septembre 1944 pour mener des combats subversifs en arrière des lignes de front. En symbiose avec la politique dite de la terre brûlée ordonnée par Hitler en mars 1945, la Werwolf avait pour objectifs de couper les lignes de ravitaillement et de retraite, d’attaquer les hôpitaux, conduire des raids de nuit, exterminer les défaitistes et détruire les infrastructures militaires, civiles et industrielles. Malgré l’ordre de reddition, cette Werwolf fut très active pendant la Bataille de Berlin et continua les combats avec les Soviétiques jusqu’à l’automne 1945, se terrant dans des caves et des usines désaffectées. Elle fut très présente lors des combats rapprochés avec les blindés soviétiques, disputant pas à pas les gravats des rues, pendant les défaitistes et les déserteurs aux réverbères qui se tenaient encore debout comme de lugubres potences désarticulées. 

La reddition de l’Allemagne

Le général allemand Jodl signant l’acte de reddition mettant fin à la Seconde Guerre mondiale en Europe, le 7 mai 1945

Le 4 mai 1945, le général Hans-Georg von Friedeburg signe la reddition aux Alliées des armées du Danemark, de Hollande et de l’Allemagne du Nord-Ouest. Le lendemain, ce général escorte le général Alfred Jodl à Reims pour rencontrer l’état-major des Alliés, alors que Himmler et Rosenberg sont démis de leurs fonctions. Ils seront arrêtés par les Alliés en tentant de fuir. Himmler, le chef des SS et l’architecte de la Solution finale, est reconnu malgré son déguisement et croquera une pilule de cyanure pour ne pas témoigner et être jugé par l’Histoire. 

Le 7 mai, une première capitulation est signée à Reims à 2 h du matin qui rentrera en vigueur le

8 mai. Dans la soirée du 8 mai, à 22 h 30, une seconde capitulation est signée à Berlin avec les Soviétiques. Alors que Jodl signait la capitulation à Reims en tant que représentant du gouvernement provisoire allemand, le commandant en chef des armées alliés, Dwight Eisenhower lui dit ces seules paroles : « Vous serez tenu personnellement et entièrement responsable de la façon dont seront observées les conditions de la capitulation. » 

Josef Staline était furieux que la capitulation ne se passe pas en présence d’un représentant du Haut-commandement soviétique. C’est pour cette raison que la capitulation de Reims fut considérée comme une capitulation préliminaire et qu’une seconde fut signée le lendemain à Berlin. 

La capitulation de l’Allemagne met fin au plus grand conflit destructeur en Europe, mais ne termine pas la guerre. Celle-ci se poursuivra jusqu’en septembre 1945 dans le Pacifique. Dans une Europe pratiquement en ruines, un nouveau monde va émerger, celui de la bipolarisation entre les idéologies communiste et capitalistes, entre deux colosses prêts à s’affronter partout sur le théâtre des conflits autour du monde pour imposer leur hégémonie à des populations pas toujours consentantes.

1. Amiral Karl Dönitz, chef du gouvernement provisoire allemand en 1945, dans ses Mémoires. 

2. Le film La Chute raconte en détail les derniers moments d’Hitler. Il a le mérite de proposer la version de témoins oculaires comme la secrétaire particulière d’Hitler.

print