Chorégraphier l’invisible

Leïla Mailly – photo : Donatas Alisauskas
Carole Trempe
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La Compagnie Catherine Gaudet au FASS

Carole Trempe – Dans l’univers de la danse contemporaine québécoise, Catherine Gaudet fait entendre une voix singulière, presque hypnotique. Chorégraphe acclamée ici comme à l’international, elle explore les zones du corps là où le non-dit prend forme. Là où le mouvement devient l’écho du tumulte intérieur.

Catherine Gaudet – photo : Caroline Desilets

Son œuvre puise dans le langage du corps, les tensions, les répétitions, les micro-mouvements qui traduisent les fêlures de l’humain. Catherine Gaudet ose, elle est franche. Sa danse ne cherche pas à séduire, elle questionne, elle révèle l’univers complexe dans lequel évolue l’être humain, elle sculpte l’appel à vivre pleinement. Ses créations suggèrent un mouvement brut et évocateur, plongeant le public dans une expérience émotionnelle puissante et déroutante.

Réputée pour sa gestuelle viscérale, Catherine Gaudet explore les zones d’ombre de l’âme humaine sondant le frottement entre le visible et l’invisible, l’instinct et le contrôle, l’élan et la retenue.

Les jolies choses, pièce à laquelle nous assisterons le 2 août prochain sous le grand chapiteau du FASS s’inscrit pleinement dans cette démarche. Le corps oscille entre la vulnérabilité et la résistance, entre l’apparence extérieure et le vécu au fond de soi en silence. L’éclairage est mis sur les états de flottement que nous éprouvons tous à un moment ou à un autre. La trame sonore, écrite par Antoine Berthiaume, est à l’image de la pièce, simple, répétitive, complexe, nullement monotone. Elle soutient complètement les danseurs. Elle incarne une autre interprète, à sa façon.

Cette chorégraphe porte une vision forte de l’art vivant. Un art sensible et rigoureux. Elle collabore avec les interprètes depuis plusieurs années, construisant avec eux un langage de scène profondément incarné. La confiance entre la chorégraphe et les interprètes doit se ressentir dans l’intensité de chacune des performances.

Une entrevue virtuelle avec elle fait ressortir les traits d’une artiste d’une intensité rare, audacieuse, rigoureuse, généreuse. Elle fait partie des créateurs qui refusent le spectaculaire pour mieux se concentrer sur l’essentiel : le mystère du corps en relation avec lui-même, avec les autres, avec le monde.

Sa venue au FASS s’annonce comme un moment fort de la programmation estivale. Un événement en soi, une invitation à plonger dans une œuvre organique qui transforme la scène en un espace de vérité sensible.

Une chorégraphe du trouble qui résonne longtemps après la dernière note. Un rendez-vous à ne pas manquer pour les amateurs d’art vivant et de créations authentiques. Le 2 août 2025 sous le grand chapiteau du FASS.

James Phillips – photo : Donata Alisauskas
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