Une grand-maman, c’est une maman en premier

Lyne Gariépy
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Lyne Gariepy – Dans notre famille, la tradition depuis 30 ans, pour la fête des Mères (et depuis quelques années, pour la fête des Pères aussi) est d’aller au cimetière ensemble, mon frère, ma sœur et moi, déposer des fleurs à nos parents.

C’est tristement notre réalité depuis notre adolescence, alors que nous avons perdu notre mère beaucoup trop jeune (elle était trop jeune, mais nous aussi, nous étions trop jeunes pour la perdre).

Au fil des années, quoique le vide laissé par son absence sur terre ne se fasse pas moins sentir, nous avons transformé ce moment en quelque chose de plus positif : nous présentons nos amoureux, nos chiens, racontons nos bons coups (parfois nos moins bons aussi). Un peu comme un instantané ou une carte postale. 

L’arrivée de Darius, mon neveu d’amour (et le fils tant désiré de ma sœur et Louis), mais surtout premier (et seul) petit enfant de nos parents, a transformé encore davantage ces moments.

Tout d’abord, par sa présence, ensuite par tous les progrès qu’il fait et dont nous faisons le bilan, mais surtout parce qu’il nous a permis de présenter, raconter nos parents à ce petit être curieux et lui faire découvrir qui ils étaient, à travers nos yeux.

Déjà bébé, Darius venait avec nous, et parle à notre mère et notre père, comme nous le faisons. Rien de lourd pour lui, plutôt une visite à des grands-parents pas très jasants !

Cette année, comme notre fleuriste habituel était fermé, nous sommes allés acheter des fleurs à l’épicerie. Darius ayant voulu faire la route avec moi, nous étions assis ensemble à l’arrière de l’automobile, lorsque j’ai réalisé que je n’avais pas la petite carte sur laquelle nous écrivons un petit mot. Je décide donc de prendre un côté de la boîte de mouchoirs, et de m’en servir comme carte. Je commence donc à écrire mon mot, lorsque Dada me demande : « Qu’est-ce que tu fais, Tatie ? ». « J’écris un mot pour grand-maman », que je lui réponds. « Moi aussi je voudrais un bout pour lui écrire un mot ! » me dit Darius. 

Je lui donne donc un bout, et il se met à l’œuvre. C’était sans compter sur les rues en mauvais état, Darius allant même jusqu’à dire à Joanis, qui conduisait, « Arrête de faire des farces en zigzagant, Joanis », alors que le mon amoureux tentait seulement d’éviter les nids-de-poule !

Insatisfait de son travail, Darius me demande ensuite un deuxième carton, car, dit-il « Je veux donner un beau mot à grand-maman, et celui-là n’est pas réussi. » Je lui tend un nouveau morceau. 

Je le regarde alors écrire son mot, et mon cœur a explosé d’amour, pour ce grand garçon qu’il devient, qui a envie par lui-même d’écrire un mot à sa grand-maman, qu’il n’a jamais rencontré, mais qu’il connaît tout de même, entre autres grâce à nous et nos histoires.

J’étais heureuse, fière de nous, d’avoir transmis l’amour qu’on ressent pour cette maman aimante et extraordinaire qu’on a eue, et triste tout à la fois, car j’aurais préféré que mon neveu connaisse ses grands-parents vivants ! 

C’est alors que Darius me dit : « Tatie, j’ai écrit : je t’aime grand-maman, de ton petit-fils Darius. Petit-fils, ça prend bien un s ? » 

« Oui, mon grand, c’est bien écrit. »

« Et Tatie, je veux écrire bonne fête des Mères, mais est-ce que je devrais écrire bonne fête des Grands-Mères ? » Il réfléchit quelques secondes, me regarde, confiant, et me dit : « Je vais écrire bonne fête des Mères, car avant d’être une grand-maman, elle était une maman. Une grand-maman, c’est une maman en premier. »

« Bonne réflexion et tu as raison mon loup. Pour être ta grand-maman,

elle a d’abord été notre maman », en essuyant discrètement la petite larme du trop-plein d’émotions qui avait perlé au coin de mon œil. « Je suis fière de toi, mon grand. »

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