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Gleason Théberge –Tout comme il serait plaisant que toit s’écrive toît, avec un circonflexe pour évoquer son pignon, on pourrait trouver normal que trait d’union porte ce qu’il évoque et devienne trait-d’union, mais ses fonctions sont tout autres. Il sert à indiquer qu’une expression n’a pas le sens ou n’est pas formée de la manière habituelle.
Sa présence la plus marquante est associée aux noms composés donnés à des lieux publics ou à des personnes. Trois-Rivières ou Rivière-du-Loup sont ainsi des appellations qui ne font qu’allusion aux rivières menant à un lac ou un fleuve; et aucun loup n’est propriétaire du cours d’eau de l’Estuaire du Saint-Laurent. Il s’agit en fait de désignations de territoires délimités; et le même principe s’applique aux noms des rues.
Quant aux noms des personnes, il y est utile, voire nécessaire quand une liste privilégie les noms de famille plutôt que les prénoms. Contrairement à nos usages, l’anglais, qui utilise la virgule à la place du point du français, refuse le trait d’union dans les noms des individus. Et cette pratique contamine, là aussi, notre langue. D’autant que depuis l’implantation des deux noms de famille après des prénoms souvent composés, il devient difficile de distinguer Jean-Michel Maurice de Jean Michel-Maurice. Et si la pratique des autres langues doit être respectée, en effaçant la nôtre, on affaiblit notre identité.
Un usage parallèle concerne les lieux publics baptisés du nom d’une personnalité. La montée Félix-Leclerc, par exemple, ou la bibliothèque Jean-Charles-Des Roches ne sont pas des personnes. Et s’il est probable que M. Desroches ait pu arpenter la montée, Félix Leclerc n’y est jamais venu, que l’on sache. L’usage perd d’ailleurs un peu de son solennel, lorsque des Municipalités aux affections fragiles décident d’attribuer à des lieux récents le nom de personnes encore vivantes. Elles le mériteraient davantage si on attendait que leur parcours en témoigne plus durablement.
C’est par contre plus régulièrement dans les noms communs qu’on utilise le trait d’union, un terme dont précisément chacun des mots conserve sa fonction originale des noms (trait et union), et de la préposition (de). Or, dans les expressions où des mots changent leur statut, par exemple, pour servir d’adverbe, comme dans beau-père, le trait d’union empêche qu’on réfère au fait que le père soit beau ou pas. Dans cette désignation, le grand implique surtout une sorte d’antériorité ou une noblesse qu’on retrouve dans grand-mère ou grand-messe.
Cet usage où l’adjectif (grand) prend le statut d’un adverbe comme très, se retrouve dans aller nu-tête ou nu-pieds, où l’adjectif devenu neutre (nu) ne s’accorde pas non plus avec tête ou pieds. La différence apparaît nette quand on constate que dans se promener tête nue l’été ou marcher les pieds nus dans sa maison, l’importance est vraiment mise sur la nudité des parties du corps.
Une prochaine chronique précisera des utilisations particulières de noms, verbes ou pronoms imposant l’usage du trait d’union.
