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Gleason Théberge – On s’en étonne, croyant que c’est une autre fantaisie du français, mais l’usage du trait d’union ressemble un peu à ce qui arrive en relation de couple, que deux personnes soient toutes deux égales ou que l’une s’efface devant l’autre.
Une précédente chronique a déjà présenté divers mots aux unités soudées parce que leur fonction est modifiée. Celle-ci y ajoute les cas où deux éléments d’une expression sont perçus comme aussi importants l’un que l’autre, comme dans le nom de la Croix-Rouge, par exemple, qui reprend les deux éléments visuels identifiant l’organisme. Les deux mots sont ainsi mis en évidence, non seulement par la majuscule qui les distingue d’une croix blanche de commémoration, mais aussi par le trait d’union qui soude l’évocation de l’œuvre humanitaire. On notera que la croix fait allusion à la foi chrétienne, comme son équivalent moyen-oriental, le Croissant-Rouge, rappelle la foi musulmane.
Dans d’autres cas, comme dans un couple où la présence de l’un sous-entend celle de l’autre, des deux éléments un seul est présenté. C’est le cas des verbes utilisés en guise de question ou de conseil : Veux-tu du dessert ? ou Penche-toi, et tu pourras mieux voir. Le trait d’union y est nécessaire parce que ces formes brisent l’habituelle succession du sujet et du verbe que présenteraient les formes Si tu veux du dessert, prends un fruit ou Si tu te penches tu pourras mieux voir.
Dans le veux-tu ?, celui qui voudra peut-être est inclus dans la forme veux, comme le vous le serait dans voulez-vous ? Ce style de phrase utilisé dans la conversation suppose que celui à qui on parle est nécessairement présent de fait ou virtuellement. Marchons ou venez sous-entendent de la même manière le vous ou le nous.
Plus rare parce qu’il relève de la poésie ou de la devinette, le Qui-suis-je ? leur est semblable; et seuls les il(s) et elle(s) échappent à cet usage, précisément puisqu’ils ne peuvent désigner que des éléments absents auxquels la conversation ne fait que référence
On notera de plus que dans certaines constructions le trait d’union intervient avec les pronoms qui relèvent du principe spontané plaçant de préférence les expressions courtes avant les longues. Par exemple, dans la reprise d’une phrase comme Elle a promis d’apporter son aide à ses amis, on pourra voir Son aide, elle la leur a promise. Dans cette reprise brève, les mots la (qui concerne l’aide) et leur (qui évoque les amis) ne sauraient en effet être placés ailleurs. Qui comprendrait Son aide, elle a promis la leur ? Pour la même préférence accordé aux éléments brefs, on verra d’ailleurs Donne-le-moi, plutôt que Donne-moi-le, parce que le est court; et moi, prononcé [moa], plus long.
Une dernière occasion d’utiliser le trait d’union est quand un mot est coupé en fin de ligne pour en reporter les lettres finales sur la ligne suivante. Cela ressemble, cette fois, aux brèves séparations des amoureux.
