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Interdire pour résoudre un conflit d’usage
Anthony Coté – « La marche est le meilleur remède pour l’homme ». Cette phrase, attribuée à Hippocrate il y a deux mille ans, s’applique encore plus de nos jours. La marche toute saison est une activité physique simple, mais extrêmement bénéfique pour la santé. Entre autres, elle peut améliorer notre humeur, sauf si on nous interpelle pour nous obliger à porter inutilement des raquettes dans un sentier de plein air.
Ça fait plusieurs années maintenant que les marcheurs ne sont pas bienvenus en hiver dans les sentiers polyvalents de la Forêt Héritage. Ces sentiers leur étaient pourtant accessibles en cohabitation avec les amateurs de raquettes et de fatbikes. Alors, pourquoi l’interdiction totale depuis deux ans ?
Le problème de départ était que quelques amateurs de marche ne veulent pas porter de raquettes après une chute de neige. Pour les distinguer, appelons-les les « bottineurs ». Ne portant pas de raquettes après une chute de neige plutôt abondante, leur passage laisse des dépressions (trous de bottes) dans les sentiers. Si une quantité insuffisante de raquetteurs ne passent pas derrière eux dans les heures qui suivent, remplissant ainsi les dépressions, celles-ci figent jusqu’à la prochaine chute de neige. Après quelques jours, les raquetteurs/réparateurs finissent par compacter la surface du sentier… autour des dépressions. Les sentiers peuvent alors supporter le poids des amateurs de fatbike et… des marcheurs. Les raquettes deviennent alors superflues.
Le problème est que c’est très désagréable pour les cyclistes… et même pour les marcheurs, de faire une randonnée dans un sentier « bottiné ». Même si la quantité de « bottineur » est très faible, il n’en demeure qu’un seul peut foutre le bordel, surtout s’il se balade dans les sentiers moins fréquentés par les raquetteurs. Par le passé, des groupes d’amateurs de fatbike sont allés jusqu’à organiser des balades en raquettes après chaque chute de neige. Mais il arrivait qu’un « bottineur » passe derrière eux ou dans un sentier laissé vierge : le problème perdure alors ! Un affichage aux entrées des sentiers a été mis en place demandant aux randonneurs de porter des raquettes après une chute de neige ou pendant un redoux. Ces affichages ont même été installés dans les sentiers. Rien n’y a fait, le petit groupe d’anarchistes-bottineurs demeure irréductible. Lorsqu’interpellés dans les sentiers, les « bottineurs » se disaient dans leur plein droit de marcher, puisque les affiches montraient un marcheur. Alors, tous les pictogrammes de marcheurs ont été retirés de l’affichage.
Il est venu un moment où la campagne d’éradication des « bottineurs » a dérapé. Tous les marcheurs ont été déclarés coupables de bottiner et ils ont été bannis des sentiers. La campagne contre les quelques « bottineurs » s’est transformée en campagne contre TOUS les marcheurs, EN TOUT TEMPS, sans exception ! Il est devenu obligatoire de porter des raquettes pour avoir le privilège de faire une randonnée dans les sentiers de la Forêt Héritage et c’est toujours le cas cet hiver. Il semble pourtant évident que, si le sentier peut supporter le poids d’un cycliste en fatbike sans qu’il s’y enfonce, un marcheur sans raquette ne risque pas de bottiner ce même sentier.
L’ironie de la situation
Ça fait maintenant deux ans que les gestionnaires de la Forêt Héritage ont trouvé la solution. Ils ont acquis une dameuse pour sentiers de fatbike. Les sentiers sont damés religieusement après toutes les chutes de neige quelque peu abondante. La neige est bien tassée par le poids de la dameuse et toutes les traces de randonneurs, sans exception, sont nivelées. Environ deux jours après une chute de neige, le passage de la dameuse et des quelques raquetteurs, les sentiers sont fins prêts pour les amateurs de fatbike et… les marcheurs. À noter qu’à la longue, la situation devient plutôt désagréable pour les amateurs de raquettes. Ils ont rapidement l’impression de faire de la raquette sur de la terre battue. Ils peuvent même briser les crampons de leurs raquettes lorsque le sentier devient glacé. – Mais l’interdiction aux marcheurs demeure. Allez comprendre ?!
Trop souvent, la solution « interdiction totale » ne résout pas le problème. Elle crée du ressentiment envers l’organisme, chez les usagers brimés. Les usagers qui ne se conforment pas à la consigne « interdiction » se font interpeller, voire apostropher par d’autres usagers qui souvent ne connaissent pas l’objectif premier de l’interdiction. Étant frustrés d’être dans l’obligation de se plier à la consigne, ils répandent leur frustration pour que tous les marcheurs fautifs soient aussi frustrés qu’eux.
Dans le parc de la Coulée, les gestionnaires ont investi dans l’achat d’une motoneige neuve pour damer les sentiers et ils ont formé une équipe bénévole de dameurs. Selon le président de l’organisme, Yves Lanoix, le problème est résolu sur la neige sèche. Par contre, il arrive que le problème revienne avec un redoux et que les surfaces des sentiers ramollissent. À ce moment, ils doivent fermer les sentiers à tous les usagers. Alors, tous les marcheurs, raquetteurs et cyclistes ont une belle occasion de rester chez eux le temps que ça dur…cisse !
La Ville de Prévost et la Municipalité de Sainte-Anne-des–Lacs ont des protocoles d’entente avec l’organisme pour l’aménagement et l’entretien des sentiers. À la Ville de Prévost, on étudie le dossier et on regarde ce qui se fait ailleurs. Au moment d’aller sous presse, la Municipalité de SADL n’avait pas pu partager son point de vue.
