Virtuosité, compréhension et mémoire 

Le dimanche 11 janvier 2026 : Le combat héroïque. Joon Oh Kim, pianiste. Franz Schubert, Quatre impromptus, op. 90; Frédéric Chopin, Mazurka, op. 56; Frédéric Chopin, Andante spianato et Grande polonaise brillante, op. 22. – photo: Michel Fortier
Sylvie Prévost
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Un pianiste plein de promesses !

Sylvie Prévost – Ce premier concert de 2026 nous a d’abord réservé une surprise. Plutôt que les cinq œuvres de Chopin annoncées, M. Kim a débuté par une œuvre de Schubert, compositeur précédant Chopin. Pas de déception ici, au contraire, car on a pu constater la parenté de ces deux compositeurs.

D’entrée de jeu, mentionnons que le musicien a très bien présenté les œuvres, avec des explications sommaires, mais éclairantes sur ce que l’on allait entendre. Je suis certaine que le public a fort apprécié ces mises en contexte. Autre point à souligner, tout ce concert a été livré de mémoire… ce qui est déjà digne d’un pianiste professionnel.

Les Quatre impromptus forment un ensemble nécessitant virtuosité et souplesse d’expression. Il s’agit de pièces plutôt courtes qui illustrent de multiples émotions. La mise en exergue de la « question existentielle », dixit le pianiste, est très réussie. Puis s’enchaînent des tourbillons de réflexions et de sentiments, allant du léger au dramatique en passant par la mélancolie et s’achevant par la sérénité. Le jeu du musicien est précis, les œuvres parfaitement intégrées, les variations d’atmosphère bien rendues. 

Les mazurkas qui ont suivi la courte pause ont demandé tout autant de virtuosité. La première riante et ensoleillée, ouverte à la vie; la seconde, énergique; la troisième plus réflexive, à la profondeur bien exprimée. Encore une fois, les émotions de chacune d’elles sont bien représentées. Dans l’Andante et La Grande polonaise, le pianiste manifeste une grande finesse dans son jeu, d’une légèreté de meringue. Le mouvement de l’eau du premier morceau est parfait de constance. Le portrait de la Pologne, chère au cœur du compositeur, est plein de ferveur et démontre toute la brillance qu’il faut. 

En somme, l’interprétation de toutes ces pièces a été très classique, non dénuée de profondeur, mais j’aurais souhaité que le musicien y ajoute plus de personnalité, qu’il y imprime sa marque, qu’il s’y engage davantage. Par exemple, il y a des dissonances importantes, particulièrement dans le second impromptu, sur lesquelles il aurait pu mettre plus de force expressive. Tout y est au niveau technique et connaissances, mais ce qui me paraît rester à acquérir, c’est l’intensité de l’engagement émotif.

C’est finalement un beau concert qu’a livré M. Kim. C’est un pianiste à surveiller, qui ne manquera pas d’acquérir une maturité qui lui permettra de s’affirmer davantage.

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