Les rêves de Maurice

Le duo de pianistes BoMI en représentation le 22 février dernier – photo: Raoul Cyr
Carole Trempe
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Le duo de pianiste BoMI

Carole Trempe – Diffusions Amal’gamme produisait le duo BoMI, à la salle de spectacle Saint-François-Xavier de Prévost, le 22 février 2026. La consécration que la musique est sans frontières, lorsque portée par des humains.

Jouer à quatre mains demande une confiance absolue et une compréhension fine de l’autre. Chez ce duo – deux artistes partenaires sur scène comme dans la vie – cette complicité se ressentait. Les regards, les respirations, les nuances et le plaisir étaient partagés. Ce n’était pas seulement deux pianistes sur un même clavier, c’était un véritable dialogue. Assis très proche l’un de l’autre, la confiance mutuelle, l’aisance dans l’espace constituait une chorégraphie des mains et des corps.

Boran Zaza, une pianiste et musicienne kurde établie au Québec depuis une dizaine d’années après avoir grandi au Liban. Son parcours personnel – marqué par l’exil, la mémoire et les liens avec les humains qu’elle aime restés là-bas – nourrit profondément sa démarche artistique. Au-delà de l’interprète, elle est porteuse de paroles. Dans le cadre du concert, ses propos ont ajouté une dimension humaine et testimoniale forte livrée avec sobriété et retenue. Cela rendait la parole encore plus poignante. Le récit qui aurait pu sombrer dans le tragique est devenu par sa présence scénique et la justesse du ton, un geste de résilience habité par l’espoir.

Michel-Alexandre Broekaert est un pianiste talentueux et très actif. Il se distingue par un jeu net, précis et engagé. Ses interprétations sont bien senties et spectaculaires. À quatre mains avec Boran, il fait preuve d’une écoute attentive et d’une grande maîtrise. 

Les deux artistes nous ont offert un programme mettant en valeur leur talent en duo et en solo. Une constance : la musique sait toucher les cœurs.

L’ouverture de l’Adorable Bel-Boul, Jules Massenet (1842-1912) plaçait le concert sous le signe de la vivacité et de la clarté stylistique. Cette intensité lumineuse préparait le terrain à un parcours plus contrasté. Le Jardin féérique – Ma mère l’Oye (Extrait) Maurice Ravel (1875-1937) le climat change, la musique devient plus douce, on a l’impression de rentrer dans un espace paisible et lumineux. Avec Le Nocturne no 3 de Gabriel Fauré (1845-1924) les lignes souples et expressives créent une atmosphère calme, presque méditative. L’interprétation solo par Michel-Alexandre restait sobre, laissant toute la place à la beauté simple de la ligne.

La révélation du concert demeure pour moi Maurice Ghanem (1990– ) un compositeur contemporain d’origine libanaise et grand ami des artistes formant le duo BoMI. Sa musique reflète un dialogue entre différentes cultures, entre le Moyen-Orient et l’Occident. Il écrit dans un langage actuel mais accessible où le rythme joue un rôle important. Ses œuvres se distinguent par leur énergie, leurs contrastes et leur capacité à évoquer des images ou des idées fortes. On sent chez lui une volonté de créer des ponts entre traditions musicales et surtout entre les humains. Dans Stargazing, la très belle mélodie suggère une énergie universelle et rassembleuse. Tous les humains, peu importe leur pays ou leur culture, regardent les mêmes étoiles.

La Toccata et un extrait de Masquerade de Aram Khatchaturian (1903-1978) introduisaient une dimension plus fougueuse au concert. Les rythmes incisifs et les élans donnaient à la musique une force presque théâtrale. Winter Morning in Istanbul, Fasil Say (1970– ) nous a permis d’entendre sur le piano, la sonorité des cordes pincées du oud. 

Mon coup de cœur : Autumn in Quebec de Steve Barakatt (1973 -). Cette pièce dégage une sensibilité immédiate, à la fois lumineuse et mélancolique. Une écriture mélodique chantante, une sensibilité romantique assumée, une esthétique néoclassique accessible empreinte de lyrisme et de lumière.

Au-delà de sa qualité d’interprétation, ce concert a fait entendre des compositeurs encore peu présents sur nos scènes. Cette ouverture enrichit l’expérience du public et témoigne d’une réelle curiosité artistique.

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