Le cor en pleine lumière

Carole Trempe
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Noah Larocque en a donné une démonstration convaincante

Carole Trempe – Instrument rarement placé au centre d’un récital, le cor possède une palette expressive étonnamment vaste. Le jeune corniste québécois Noah Larocque en a donné une démonstration convaincante lors du concert de la Série Jeunes virtuoses, présenté par Diffusions Amal’gamme à la salle de spectacle Saint-Francois-Xavier de Prévost, le 8 mars 2026. Il était accompagné au piano par Ludovic Rochon.

Noah Larocque, originaire de Saint-Jérôme et de Prévost, s’impose déjà comme l’un des jeunes instrumentistes à surveiller. Son entrée à l’Orchestre Métropolitain – dont il est le plus jeune membre – témoigne d’un talent qui ne demande qu’à s’affirmer.

Le cor est un instrument paradoxal, un pont entre les bois et les cuivres, héritier des appels de chasse et capable d’un lyrisme presque vocal. Noah semble parfaitement conscient de cette dualité et exploite avec intelligence les contrastes de son instrument. Son jeu peut passer d’un murmure velouté à l’éclat héroïque sans jamais perdre la rondeur caractéristique du timbre. Le souffle est solide, l’écoute attentive et la musicalité bien ancrée.

Au programme, Concerto pour cor no 2 en mi b majeur KV.417, Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Mozart l’a écrit pour son ami Joseph Leutgeb, célèbre corniste. Les qualités stylistiques du jeune musicien sont bien mises en évidence. L’articulation se révèle nette dans les passages rapides, le phrasé est élégant et l’esprit mozartien, léger et presque souriant est bien saisi.

Extraits-Suite pour violoncelle no 2 en ré mineur BWV 1008 (arr. Wendell Hoss), Johann Sebastian Bach (1685-1750). Transcrire Bach pour cor est un geste artistique audacieux parce que la Suite originale repose sur la polyphonie implicite du violoncelle. Au cor, la musique devient plus méditative et respirée. Le défi consiste à préserver la rhétorique baroque tout en exploitant la dimension vocale du cor. Noah nous a proposé une lecture intériorisée, presque contemplative, privilégiant la respiration du discours plutôt que la démonstration.

De l’Abîme des Pensées, Simon Bourget (1987– ). Cette œuvre contemporaine introduit une dimension contemplative. Elle crée une rupture expressive avec le répertoire historique. Les textures sont plus libres. Le langage harmonique plus moderne permet l’exploration des registres du cor.

En Forêt, Op.40, Eugène Bozza (1905-1991). Un classique du répertoire pour cor. Atmosphère impressionniste, virtuosité fluide. Le cor évoque admirablement bien la nature, l’espace, l’écho.

Variations pour cor et piano, Op.59, Jan Koetsier (1911-2006) permet à Noah de montrer la maîtrise technique et sa palette de couleurs par des alternances de caractères contrastés, des passages techniques brillants.

Extrait- Sonate pour cor et piano, Op.7, Jane Vignery (1913-1974), une pièce majeure du répertoire belge. Le lyrisme est intense, l’écriture est architecturée. 

Dans un récital de cor, le piano agit souvent comme une architecture sonore discrète soutenant la ligne du soliste.   L’accompagnement de Ludovic était plus métrique et autonome, manquant de strates sonores dans le discours. Le piano avançait son propre langage plutôt que d’épouser et de répondre à celui du soliste. L’équilibre entre cor et piano était ténu. On aurait aimé entendre une écoute mutuelle, une fusion sonore. 

Ce concert nous a fait connaître un soliste hyper prometteur possédant une grande amplitude stylistique, explorant complètement son instrument avec virtuosité et musicalité.

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