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Carl Mayotte et son quintette
Raoul Cyr – Le 31 mai dernier, le bassiste Carl Mayotte et son quintette de « feu » clôturaient la saison 24-25 en nous proposant un hommage à la musique brésilienne, hommage oui, mais puristes de la tradition s’abstenir.
Bien que le répertoire évoque les rythmes et la « groove brésilienne », plusieurs qualificatifs liés au métissage s’appliquent aux compositions et aux arrangements de Mayotte : ce jazz est définitivement progressif, funk, rock parfois; fusion en fait, et ce pour notre plus grand plaisir. Chaque pièce prend le temps de raconter une histoire élaborée, farcie de modulations, de métriques complexes et surtout de solos inspirés et intenses. Malgré la frénésie, les nuances ne sont jamais sacrifiées, ce qui confirme l’indéniable musicalité de ces virtuoses. Voilà pour la vue d’ensemble; pour le détail maintenant, plusieurs pièces sont issues du dernier opus : Carnaval. Alors, à tout seigneur tout honneur, solo de basse en partant, la couleur est annoncée (ou une nuance parmi de nombreuses couleurs).
La pièce Allégorique constitue un « morceau de bravoure » à exécuter avec, entre autres, ses alternances de mesures à 7 temps et à 6 temps, mais malgré la complexité des rythmiques, ça reste fluide. Nous avons droit à de superbes solos : Damien-Jade Cyr au saxophone soprano, Francis Grégoire aux claviers, Stéphane Chamberland à la batterie ainsi que Gabriel Cyr à la guitare (aucun lien de parenté avec moi en passant). Le groupe enchaîne ensuite avec Parade qui est le premier mouvement de la suite Carnaval, l’intro est planant, mais ça ne va pas durer, Parade nous propulse dans un défilé du Carnaval de Rio version 2.0. Plus loin, on a droit à des échanges improvisés de 4 mesures entre musiciens, ce qui nous ramène à la tradition jazz. Les thèmes sont d’une cohésion et d’une précision chirurgicale. Toujours tirée du dernier album, la pièce Le Saltimbanque s’amorce avec un autre solo de basse très mélodique et puisque le regretté guitariste français Sylvain Luc a participé à l’album, bien sûr la guitare est à l’honneur. La « groove » rappelle le style choro propre à la tradition brésilienne.
Au milieu de nulle part issu de l’album précédent donne toute la place au saxophone qui se prend pour un énigmatique animal; lequel ?… Après un superbe intermède au piano, Damien-Jade Cyr prend le relais au saxo soprano dans une envolée à la limite du frénétique. Du même album Hiver, construit autour de la basse jouée comme une guitare classique (nous faisant entendre mélodie et accompagnement) nous installe dans une pulsation « groundée » et hypnotique. Suit London Underground qui figurera sur le prochain album du groupe; cette fois nous sommes davantage dans le funk 4/4 qui pourrait se prendre pour une très bonne « toune » pop. Ça s’écoute super bien.
Enfin le concert se termine par une pièce qui s’intitule Abracadabra, et comme si nous n’avions pas eu notre lot de complexité et de saisissantes variations, nous voici dans de la polyrythmie (plusieurs pulsations différentes qui se chevauchent).
Je répète les indéniables qualités de ce groupe : la créativité, la virtuosité, l’originalité, la cohésion, l’énergie communicative, et je dirais aussi la générosité. Quelle magnifique façon de clore cette autre saison qui nous a fait vivre de nombreux moments de grâce et d’enchantements !
