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Carnets de soie
Sylvie Prévost – Asseyez-vous confortablement et laissez-vous emporter ! C’est un concert particulièrement envoûtant qu’ont livré les deux jeunes musiciennes, faisant dialoguer leurs instruments, pour nous, exotiques.
D’abord, elles étaient habillées de leur costume national, c’est déjà intéressant et beau à voir. Ensuite, leurs instruments sont rarement vus : l’une jouait une sorte de vièle mongole, une grosse boîte carrée, à long manche finissant par une tête de cheval (le cheval est l’animal fétiche de la Mongolie) et munie de deux cordes que fait résonner un long archet. L’une des cordes sert souvent de bourdon. L’instrument produit des sons ronds, de très doux à très puissants. L’autre musicienne, l’Iranienne, a apporté sur scène son santour : une sorte de large cithare en bois, dont elle joue avec deux fins marteaux. C’est un instrument qui résonne beaucoup et longtemps, ce qui produit une sorte de ruissellement de sons, effet amplifié par l’action très rapide des petits maillets. Toutes les deux créent, chacune à sa façon, une sorte de vibrato, ce qui est le point commun de leur culture respective.
Ce fut parfois la Perse qui fut mise en valeur, musique planante, dont l’affect peut être difficile à déterminer, mais qui nous transporte immédiatement dans un monde à part, plein de confort. Pour nous, habitués à subdiviser et compter temps et mesures, à formater les mélodies, c’est fort déstabilisant et ça nous emmaillote dans une douce intemporalité.
D’autres fois, la Mongolie s’est imposée avec sa gamme pentatonique, rappelant la musique chinoise, et des mélodies plus descriptives, évoquant de vastes plaines désertes. La musicienne a même chanté, d’une voix claire et juste, terminant la pièce par un chant de gorge rappelant les moines tibétains ou même les Inuits. L’une de ses techniques d’archet est une fin de phrase sur une note forte et comme échappée, qui me paraît imiter un cri lancé dans un espace infini, sans écho ni réverbération.
Que ce soit l’une ou l’autre qui entame une pièce, le dialogue s’installe rapidement, il devient constant et remarquablement serein. En effet, tout en participant à ce que l’autre fait, chacune garde la personnalité, les traits de la musique de son pays. Les propositions, les « thèmes » énoncés par l’une ou l’autre sont repris dans un autre idiome, dans un habillage différent.
Quelle belle leçon d’écoute et de bonne entente ! Ah ! si nos gouvernements pouvaient donc démontrer autant de respect dans les échanges ! Merveilleuse musique, lien viscéral entre les peuples !
