Enjeux de la mobilité régionale

Nicolas Michaud
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Quand l’austérité freine l’élan du transport collectif

Nicolas Michaud – Alors que l’achalandage du transport en commun atteint des sommets dans les Laurentides, les compressions budgétaires décrétées par le gouvernement du Québec viennent bouleverser les plans des acteurs locaux. L’ambition d’une mobilité durable se heurte désormais à une réalité financière serrée, ce qui place le Transport adapté et collectif des Laurentides (TACL) dans une situation précaire où la continuité même des services est mise à l’épreuve.

En décembre 2025, l’annonce est tombée comme un couperet : le Programme d’aide au développement du transport collectif (PADTC) subit une cure de minceur qui se traduit par un manque à gagner de 750 000 $ pour le TACL sur la période 2025-2027. Ce qui indigne particulièrement les MRC des Laurentides et des Pays-d’en-Haut, c’est le caractère tardif et rétroactif de cette décision qui survient après l’adoption des budgets annuels et alors que les dépenses de l’année 2025 étaient déjà engagées.

« Les organismes de transport collectif ne se retrouvent pas en déficit par choix ou par mauvaise gestion, mais parce que les règles ont changé en cours de route  », déplore Steve Perreault, président du conseil d’administration du TACL. Cette fragilité financière s’inscrit dans un contexte plus large, alors que l’Union des municipalités du Québec (UMQ) fustige une réduction de 200 millions de dollars du même programme à l’échelle nationale. L’absence de prévisibilité budgétaire qui en découle inquiète fortement les acteurs du milieu, puisqu’elle compromet toute planification sérieuse d’un service pourtant jugé essentiel.

Des services «  déjà sur l’os  »

Contrairement aux grandes sociétés de transport urbain, des organismes régionaux comme le TACL disposent de marges de manœuvre très limitées. Sa directrice générale, Marie-Claude Beaudet, souligne d’ailleurs la vulnérabilité de l’organisation : « On est déjà sur l’os […] on n’a pas de gras à couper  ». Avec une équipe réduite et des services déjà poussés à leur maximum autour du service d’autobus l’Inter, la véritable colonne vertébrale du réseau, toute compression budgétaire supplémentaire se répercute directement sur l’offre de service à la population.

Le paradoxe est frappant : tandis que le financement stagne ou décline, la demande explose au TACL. Sur l’exercice 2024-2025, la clientèle a enregistré une croissance de 12 %, alors que celle du transport adapté progressait de 6,1 %. Pourtant, loin de soutenir cet élan, les nouvelles règles budgétaires obligent l’organisme à mettre ses projets de développement sur la glace.

Des projets structurants mis sur pause

Parmi les initiatives compromises figure l’élargissement des heures de service au-delà de 20 h 30, un projet destiné notamment à mieux servir les étudiants du cégep ou de l’université finissant leurs cours en soirée. Ce projet, qui aurait amélioré la qualité de vie et l’accessibilité, est suspendu pour éponger les déficits imposés.

Les élus redoutent un « cercle vicieux  » : réduire l’offre pourrait entraîner une baisse d’achalandage, laquelle servirait ensuite d’argument pour justifier de nouvelles compressions. Par ailleurs, les MRC ne disposent pas de leviers fiscaux suffisants pour faire contribuer les villégiateurs et les touristes qui utilisent abondamment les infrastructures routières et les services de mobilité de la région, et ce, sans participer au financement du réseau.

À ces difficultés s’ajoute une perte supplémentaire d’environ 100 000 $ au transport adapté, résultant d’un changement technique dans l’année de référence servant au calcul des subventions.

Un appel à un financement stable et prévisible

Cette stagnation préoccupe vivement les élus locaux, pour qui le transport collectif va bien au-delà d’une simple question logistique. Marc L’Heureux, préfet de la MRC des Laurentides, le rappelle : il s’agit d’un levier essentiel de « vitalité économique et de transition écologique ». Catherine Hamé, préfète de la MRC des Pays-d’en-Haut, renchérit : « En région, ce n’est pas un luxe, c’est un service essentiel », notamment pour les travailleurs, les aînés et les personnes vulnérables.

Les acteurs régionaux réclament désormais le rétablissement immédiat des sommes retranchées, l’indexation des aides financières figées depuis 2019 — une aide de 100 000 $ en 2019 ne vaut plus que 70 000 $ aujourd’hui selon l’UMQ —, la mise en place de nouveaux leviers fiscaux afin de mieux répartir le financement de la mobilité durable.

TACL appelle à une mobilisation générale

Malgré le contexte incertain, la direction du TACL invite la population à continuer d’utiliser le réseau. Toutefois, le renouvellement prévu de la flotte de véhicules en 2028, combiné à la hausse constante des coûts d’exploitation, laisse présager des défis majeurs si aucun ajustement budgétaire n’est apporté.

Face à ce qu’elle qualifie d’« imprévisibilité », Marie-Claude Beaudet appelle à une prise de conscience collective sur l’importance du transport en commun pour la survie et le développement des régions. Le message adressé au gouvernement est sans équivoque : sans financement stable, prévisible et adapté aux réalités géographiques et démographiques des Laurentides, l’élan actuel risque de s’essouffler.

En attendant, le TACL devra composer avec l’incertitude et ajuster sa trajectoire dans un environnement économique de plus en plus exigeant.

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