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Le communautaire refuse de se taire
Nicolas Michaud – Le milieu communautaire des Laurentides traverse une crise sans précédent. Du 23 mars au 2 avril 2026, plus de quatre-vingts organismes de la région ont suspendu leurs services pour joindre le mouvement national Le communautaire à boutte. Entre manifestation devant les bureaux des ministres régionaux et mobilisation massive à Québec, l’ensemble des travailleurs dénoncent un système au bord de l’effondrement.
Pour les acteurs du milieu, cette grève n’est pas une simple protestation, mais un acte de survie. « Ça fait plus de 30 ans que je travaille dans le milieu communautaire dans les Laurentides et je n’ai jamais vu ça. C’est vraiment historique ! », lance Benoit Larocque, coordonnateur du Regroupement des organismes communautaires des Laurentides (ROCL).
Dans la région, l’impact est concret : en neuf jours de grève, ce sont l’équivalent de 407 jours de services qui ont été retirés à la population. Des lignes d’aide sont restées muettes et de l’aide alimentaire n’a pas été livrée, illustrant la fragilité d’un filet social tenu à bout de bras. Benoit Larocque résume crûment la situation : « Notre défaut dans le communautaire, c’est de produire huit 30 sous pour une piastre et là, ça suffit, ce n’est plus tenable ».
Le nerf de la guerre : comprendre le financement
Au cœur de cette colère se trouve une structure de financement complexe que le mouvement souhaite voir réformer. Pour bien comprendre l’enjeu, il faut distinguer les deux types de soutien financier de l’État :
Le financement à la mission globale (ou à l’admission) : Il s’agit d’un montant récurrent qui soutient l’ensemble des activités de l’organisme. Basé sur la confiance et l’expertise du milieu, il offre une stabilité permettant de planifier à long terme et d’assurer une continuité de services.
Le financement par projet ou par entente : À l’inverse, ce montant est ponctuel, non indexé et lié à une tâche très précise dans un temps limité. Souvent issu d’appels à projets, il force les organismes à multiplier les démarches administratives et crée une grande incertitude financière.

Le coordonnateur du ROCL est catégorique : « Il faut cesser la fragmentation du financement en ces deux grandes catégories ». Selon lui, la dépendance aux « mesures ponctuelles » empêche une vision durable. « Ce qu’il faut, c’est une solution structurée, prévisible et surtout durable, car c’est le communautaire qui tient le filet social et il se doit d’être financé à la hauteur des besoins sur le terrain », ajoute-t-il.
Une région sous pression constante
Dans les Laurentides, la situation est exacerbée par une particularité démographique. Le financement est calculé selon le nombre de résidents permanents, ignorant les milliers de villégiateurs qui utilisent pourtant les services locaux, ce qui crée un sous-financement chronique en santé et services sociaux.
Confrontés à l’explosion des besoins en itinérance, en aide alimentaire et en soutien psychosocial, les organismes refusent désormais de se contenter de « miettes ». Le ton a monté d’un cran le 27 mars dernier, lorsque des manifestants ont organisé un die-in1 à Saint-Jérôme devant les bureaux des ministres caquistes Éric Girard (Finances), Sonia Bélanger (Santé et Services sociaux) et France-Élaine Duranceau (Conseil du trésor).
La rupture de confiance

Le mouvement réclame maintenant la démission de la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Chantal Rouleau, affirmant que la confiance est définitivement rompue. « Il y a vraiment un mépris de la part de la ministre qui ne daigne même pas nous rencontrer », déplore Benoit Larocque.
Les organismes exigent la mise en place immédiate d’une table de négociation nationale pour obtenir un plan de redressement durable. Pour le milieu communautaire, le message est clair : ils ne demandent pas la charité, mais la reconnaissance de leur rôle de pilier stratégique dans la société québécoise.
1Mot emprunté à l’anglais, désignant une forme de protestation qui consiste à s’allonger dans l’espace public en feignant la mort.
