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Des décisions qui risque d’affaiblir la prévention locale
Nicolas Michaud – Alors que le Québec entreprend une vaste restructuration de son réseau de la santé, des organisations de la MRC de la Rivière-du-Nord lancent un avertissement : la centralisation des décisions risque d’affaiblir la prévention locale au moment même où les besoins explosent.
La Corporation de développement communautaire de la Rivière-du-Nord (CDC RDN), le Collectif 0-25 ans et la Table de réflexion et d’actions de retraités et d’aînés (TRARA) ont joint leurs voix à plus de 150 organismes à travers le Québec pour réclamer un véritable virage vers une gouvernance de proximité. Selon eux, la réforme en cours, notamment avec la création de Santé Québec, accentue un paradoxe : alors que le discours gouvernemental prône la prévention et la gestion de proximité, les décisions s’éloignent du terrain.
Un fossé entre les intentions et la réalité
Dans une lettre ouverte adressée au ministère de la Santé et des Services sociaux, les signataires dénoncent l’écart entre les orientations affichées et les conditions concrètes de mise en œuvre. Suppressions de postes en organisation communautaire dans les CISSS et CIUSSS, incertitude financière, affaiblissement des espaces de concertation : autant de signaux qui inquiètent.
« La prévention ne peut se faire sans les territoires », affirme Geneviève Chabot, directrice générale de la CDC RDN. Sur le terrain, les intervenants observent une montée des besoins liés à l’itinérance, à l’insécurité alimentaire et aux impacts climatiques. Or, au moment où le filet social devrait être consolidé, plusieurs ressources locales se voient fragilisées.
À cela s’ajoute ce que les intervenants qualifient de « valeur invisible » : le travail relationnel, préventif et de proximité, qui ne se mesure pas toujours en indicateurs cliniques, mais qui permet d’éviter l’escalade vers des crises majeures. Une rencontre entre un intervenant et un jeune à risque ne figure peut-être pas dans une statistique nationale, mais elle peut prévenir une trajectoire d’exclusion.
Pour les acteurs communautaires, plus le pouvoir décisionnel s’éloigne des milieux de vie, plus les solutions deviennent uniformes et moins elles répondent aux réalités sociales et culturelles des populations.
Le développement des communautés comme rempart
Pour répondre à ces défis, les organisations misent sur le développement des communautés territoriales (DCT), une approche intersectorielle déjà active dans plus de 250 démarches au Québec. Cette méthode repose sur la concertation entre les milieux municipal, scolaire, communautaire et institutionnel afin d’anticiper les problèmes et d’agir en prévention.
Contrairement à une logique descendante (top-down), le DCT privilégie une dynamique ascendante (bottom-up) où les citoyens et les organismes locaux participent à l’analyse des besoins et à la co-construction des solutions. Selon les signataires, l’efficacité d’une réforme ne réside pas dans l’uniformité administrative, mais dans sa capacité à s’adapter finement aux réalités locales.
Trois impératifs pour une réforme cohérente
Les organisations locales établissent trois conditions essentielles à la réussite de la réforme :
- Réinstaurer une gouvernance de proximité, inspirée de l’esprit originel des CLSC, où les décisions sont prises au plus près des citoyens.
- Assurer un financement stable et récurrent, afin que les organismes puissent planifier à long terme plutôt que de multiplier les demandes ponctuelles de subventions.
- Reconnaître les partenaires communautaires comme des acteurs décisionnels à part entière, et non comme de simples exécutants de programmes nationaux. « Les orientations structurantes en matière de santé et de services sociaux ne peuvent dépendre des aléas politiques, mais doivent s’ancrer dans des mécanismes durables, portés par les territoires », peut-on lire dans la lettre ouverte nationale.
Transformer les intentions en actions
Pour les acteurs de la MRC de la Rivière-du-Nord, la réforme actuelle représente une occasion historique… à condition qu’elle ne se limite pas à un changement de structure. Sans ancrage territorial réel, la prévention risque de demeurer un slogan plutôt qu’un levier concret.
En tendant la main au ministère, les organismes communautaires demandent que la « gestion de proximité » devienne une réalité tangible. Leur message est clair : la santé durable ne se décrète pas depuis une instance nationale. Elle se construit dans les quartiers, au cœur des communautés.
Alors que le système de santé québécois entre dans une nouvelle ère, la question demeure : la réforme saura-t-elle redonner aux territoires les moyens d’agir, ou le fossé entre intentions et réalités continuera-t-il de se creuser ?
