Le roi du monde

Joanis, Darius et Tatie, prennent la pose sur la reconstitution de la proue du Titanic, sans toutefois crier « Je suis le roi du monde ! » – Photo : Visiteur de l'expositiom et bon samaritin!
Lyne Gariépy
Les derniers articles par Lyne Gariépy (tout voir)

Darius et Tatie

Lyne Gariépy – Il est parfois facile d’oublier, avec un garçon éveillé et curieux de tout comme Darius, mon filleul d’amour, qu’il n’a pas toutes les mêmes références que nous. C’est ce qui est arrivé lors de notre visite de l’expo Titanic : Un Voyage immersif, dont je vous ai fait part le mois dernier.

Darius (sept ans au moment des faits), mon amoureux Joanis et moi avons visité, fin janvier, cette exposition intégrant la réalité virtuelle à des présentations plus traditionnelles, en plus de différents éléments reliés au Titanic, comme les nombreuses œuvres que le paquebot a inspirées. Dans la première salle, dédiée aux films, une réplique de la partie avant du pont, la proue, est installée au centre de la pièce, avec en toile de fond, le reste du bateau, probablement pour permettre aux visiteurs de prendre la pose et d’ensuite faire de la publicité gratuite en postant ces mêmes images sur leurs réseaux sociaux.

On fait tranquillement ensemble le tour des affiches et articles dans la pièce, mais je vois que Darius regarde, intrigué, les gens du coin de l’œil lorsque ces derniers, à tour de rôle, prennent la pose de Jack dans le film Titanic, les pieds sur la rambarde (nommée balcon), les bras écartés dans les airs, en criant : « Je suis le roi du monde ! » Je lui demande : « Ça va mon grand ? — Oui, Tatie. Mais pourquoi les gens font ça pour prendre la photo ? » qu’il me demande. Et je comprends alors que ce qui nous paraît logique, avec nos références, ne l’est pas du tout pour mon loup, qui n’a pas encore vu le film. Je lui explique : « Tu sais le film Titanic dont on a parlé dans l’auto ? Eh bien, il y a une scène dans laquelle le personnage du garçon de troisième classe, Jack, monte sur la rambarde avec Rose, la fille aisée, et hurle cette phrase. — Mais pourquoi il fait ça, Tatie ? », me répond mon grand. « Parce que, devant l’immensité de la mer, il se sent euphorique, heureux et libre et qu’il a le sentiment que ce voyage est une nouvelle chance de faire sa vie, que tout est possible » que j’essaie de lui expliquer. 

« Mais tu sais quoi, Tatie ? Je trouve que c’est quand même bizarre que les gens refassent la même scène. Il n’y a pas la mer devant », me dit Darius. « Je pense que c’est juste pour le plaisir, mon grand. Mais c’est vrai que ça peut sembler spécial si on n’a pas vu le film. Et on est porté à recréer les scènes marquantes. Comme quand tu dis les répliques de Cyrano. », que je lui dis. Au même moment, un gars dans la trentaine, après avoir lui-même pris la pose « roi du monde » nous approche et nous demande si on veut qu’il nous prenne en photo, pour qu’on puisse être tous ensemble dessus. Mon loup, pas très friand des photos ces temps-ci, dit oui, alors on en profite, on se place et on prend la pose. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de vous dire que nous n’avons pas crié « Je suis le roi du monde ! ».

print