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Femmes en crise de milieu de vie
Lyne Gariépy et Joanis Sylvain – Ce mois-ci, nous nous attardons à une catégorie de personnage peu représentée sur écran : la femme d’âge moyen.
Jusqu’à tout récemment, les femmes de 40 et 50 ans étaient pratiquement absentes du paysage télévisuel en tant que personnages principaux, sauf en France, où l’ouverture semblait un peu plus grande. Or, voici que même les Américains osent ! Pour l’occasion, voici une série étasunienne et un film français ayant pour sujet la femme d’âge moyen, et son désir. Une mine d’or à explorer !
Le délicieux Professeur V.

(v.f. Vladimir) Série 2026, comédie noire, drame, États-Unis, une saison de 8 épisodes de 30 minutes, Netflix; réalisation : Julia May Jonas et Kate Robin; interprètes : Rachel Weisz, Leo Woodall, Jessica Henwick, John Slaterry.
Synopsis – Une professeure de littérature, devenue presque invisible aux yeux de la société, voit sa vie basculer, lorsqu’elle devient obsédée par un nouveau collègue charismatique, Vladimir, alors que son mariage s’effondre à la suite d’un scandale impliquant son mari, professeur accusé de relations inappropriées avec des étudiantes. À mesure que la distance professionnelle s’amenuise et que les secrets menacent d’éclater, elle franchit des lignes qu’elle s’était juré de ne jamais dépasser. Bientôt, rien ne pourra plus l’arrêter dans sa quête pour assouvir ses fantasmes les plus scandaleux.
Ciné-fille – Le délicieux Professeur V aurait aussi pu s’intituler « chronique de l’obsession d’une femme », tellement le personnage principal, simplement appelé M, développe une fixation pour le professeur Vladimir. Au début de la série, M se trouve invisible, autant auprès de ses élèves, de sa fille adulte, que de son mari, qui semble lui préférer les aventures avec d’anciennes étudiantes. Mais ne l’est probablement pas pour Vladimir. Plus l’histoire avance et que sa situation se complique, plus son attirance pour Vladimir augmente. L’alternance entre les scènes osées qu’elle imagine, et la réalité ajoute de l’intérêt.
La série, inspirée du livre du même titre, a été réalisée par l’auteur même du dit livre, Julia May Jonas, ce qui permet de bien conserver l’intention originelle.
L’actrice, l’excellente Rachel Weisz (La favorite), incarne parfaitement M, mais, si je peux me permettre, elle est, à mon avis, beaucoup trop magnifique pour être invisible. Et que dire de Leo Woodall, qui incarne Vladimir ? Il est très bien dans son rôle. Celui qui a aussi interprété l’intérêt amoureux de Bridget Jones dans le dernier film de la série Folle de lui, semble avoir la cote auprès des producteurs pour des rôles dans lesquels un jeune homme doit séduire une femme de 50 ans ! C’est quand même un scénario inhabituel dans les productions populaires, et Woodall a décroché les deux rôles. Peut-être correspond-il à l’idée de ce qui plaît aux femmes d’âge moyen ?
Ce film est une comédie noire, épicée d’un thriller érotique et servie avec une bonne dose de comique et de malaise. La série parle de l’obsession et du désir de M pour Vladimir, mais aussi de littérature, de création littéraire, et de culture de l’annulation (cancel culture). C’est aussi une série sur la confrontation, ou plutôt la collision, le crash entre deux générations différentes, tant pour l’apprentissage, la séduction que pour la détermination de l’acceptabilité.
Sise dans de belles maisons, et dans un collège tout ce qu’il y a de plus Nouvelle-Angleterre, la série nous offre du beau : des beaux décors, des beaux vêtements, et des belles actrices et acteurs. Les dialogues sont bons, et la narration faite par le personnage de Rachel Weisz nous guide bien dans l’histoire, parfois déroutante. Une série qui semble close pour de bon après huit épisodes de 30 minutes, et que l’on a regardée en une soirée, malgré notre intention de la visionner en plusieurs fois, car de nombreux épisodes se terminent sur un suspense, nous poussant à en écouter davantage. Une série à l’image du désir de M pour Vladimir : addictif et distrayant. 8,5 sur 10
Ciné-gars – De voir le point de vue d’une femme de 50 ans exprimant son désir, démontre une réalité peu abordée à l’écran. Et c’est ce qui m’a attiré vers cette série, ça et le fait que c’est une comédie.
La narration, faite par l’actrice principale, m’a charmé. M est une femme active, intelligente, mais c’est son côté honnête et direct qui peut la mettre dans l’embarras, autant auprès de ses étudiants qu’auprès des autres professeurs. L’épine dans son soulier, par contre, est sans contredit son mari volage et leur entente de couple ouvert (dont lui seul profite). Rachel Weisz et John Slaterry, en mari et femme, sont excellents, tout comme l’interprète du personnage de leur fille qui, en passant, a une personnalité intéressante.
Le délicieux Professeur V nous présente aussi la nouvelle génération d’étudiants et leurs manières d’aborder les choses, qui peuvent être parfois déroutantes pour les autres générations !
Dans la série, le désir de M pour Vladimir entraîne de multiples péripéties qui apportent un côté comique à l’histoire. Avec une finale dans laquelle les actions de M dépassent les limites de sa personnalité et qui est surprenante. 8 sur 10
Maria rêve

Film 2022, comédie, romance, France, 92 minutes, Télé-Québec; réalisation : Lauriane Escaffre, Yvonnick Muller; interprètes : Karin Viard, Grégory Gadebois, Noée Abita.
Synopsis – Maria est femme de ménage. Mariée depuis 25 ans, réservée, timide et maladroite, elle ne quitte jamais son carnet à fleurs dans lequel elle écrit des poèmes en secret. Lorsqu’elle est affectée à l’École des Beaux-Arts, elle rencontre Hubert, le gardien fantasque de l’école, et découvre un lieu fascinant où règnent la liberté, la créativité et l’audace… Dans ce monde si nouveau, Maria, qui a toujours été dévouée et discrète, va-t-elle enfin se laisser envahir par la vie ?
Ciné-fille – Maria Rêve est un film sur deux types de rencontres : celle amoureuse, mais aussi celle de l’être humain avec l’art. Et cet humain, humaine plutôt, est Maria. Une autre femme « invisible ». Elle travaille dans l’ombre. Lorsqu’elle obtient un travail à l’École des Beaux-Arts, sa rencontre avec l’art amène la technicienne de surface à voir ses propres désirs refaire surface !
Pour interpréter ce personnage, Karine Viard, grande actrice Césarisée trois fois, réussit à nous faire croire à la timidité, voire même à la naïveté de cette Maria, malgré qu’elle nous ait habitué à des rôles ayant plus de caractères.
Pour la rencontre amoureuse, elle se fait de petites attentions, de petites complicités, mais surtout d’une douceur qui émane de Grégory Gadebois (Les choses simples), lui aussi Césarisé, et qui est très crédible en gardien de l’école. Les deux acteurs arrivent à nous faire croire à l’histoire d’amour de leurs personnages.
Chapeau aux cinéastes français, qui osent depuis plusieurs années nous présenter des comédies romantiques ayant pour protagonistes des quarantenaires et des cinquantenaires. Et aussi de nous présenter des corps qui ne correspondent pas nécessairement aux standards (quoique surtout pour les hommes). Ils savent que la vie amoureuse et le désir ne s’arrête pas à certains corps et à un certain âge ! 7,5 sur 10
Ciné-gars – Quand on a choisi le film, j’ai pensé que le sujet, une femme qui est embauchée à l’École des Beaux-Arts et qui se découvre, était différent.
Au début du film, j’ai trouvé que Maria était trop naïve, mais lorsque je me suis rendu compte, au fil et à mesure, alors qu’elle côtoie les élèves et le gardien, qu’elle se découvre elle et son désir, j’ai trouvé cela intéressant. Ce n’est pas un aspect de la femme que l’on voit souvent à l’écran, le désir chez la femme de 50 ans, et j’ai trouvé ça rafraichissant. Et c’est ce qui fait le lien entre les deux offres télévisuelles que nous vous suggérons ce mois-ci. J’ai bien aimé la fin. 7,5 sur 10
