Jérôme, le saint : du passé au présent

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Valérie Lépine
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Comment a-t-on représenté saint Jérôme à travers les siècles et comment cette iconographie influence-t-elle les artistes encore aujourd’hui? C’est à ces questions que répond de façon très limpide la nouvelle exposition du Musée d’art contemporain des Laurentides.

Depuis le 20 février, la salle principale du Musée d’art contemporain des Laurentides (MACL) nous fait découvrir l’iconographie associée à saint Jérôme.

Ce moine, considéré comme un des pères fondateurs de l’Église latine, est né vers 347 à Stridon, dans la région de l’actuelle Croatie. Il a vécu en ermite dans le désert de Syrie et est devenu prêtre à Antioche. On lui doit entre autres la traduction de la Bible en latin à partir des textes grec et hébreu. Sa traduction, connue sous le nom de Vulgate, a été utilisée jusqu’au XXe siècle comme texte officiel de la Bible en Occident.

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Mathieu Brouillard, Sans titre (2011)

L’importance de son œuvre justifie la multiplicité des œuvres d’art qui lui ont été consacrées à travers les siècles. Puisque beaucoup de gens étaient illettrés, les artistes utilisaient plusieurs symboles pour le représenter. Il est d’abord incarné comme un homme âgé, barbu et à moitié nu, en train de lire dans un endroit isolé. Le personnage est concentré et parfois torturé (le saint se frappe avec une pierre), symbole de sa quête angoissée de Dieu. Le rouge est omniprésent dans les œuvres qui le dépeignent puisqu’on lui attribue le rôle de cardinal auprès du pape Damase Ier. Un lion accompagne souvent le saint, une légende voulant que Jérôme ait retiré une épine du pied d’un fauve et que celui-ci soit devenu son animal de compagnie. Enfin, un crâne, rappelant l’omniprésence de la mort, est constamment associé au personnage.

L’exposition du MACL met en parallèle des œuvres anciennes représentant saint Jérôme avec celles d’artistes contemporains de la région, démontrant ainsi l’influence des symboles utilisés jadis dans l’art d’aujourd’hui.

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Jocelyn Gasse, Composition no 762 (2013)

Par exemple, les photos monochromes de Mathieu Brouillard reprennent l’atmosphère glauque et chaotique d’un tableau de Jérôme Bosch de 1505 intitulé Saint Jérôme en prière. Les tableaux abstraits de Jocelyn Gasse évoquent quant à eux l’univers fantasmagorique associé à Jérôme. De même, le crâne est-il devenu un élément de représentation de la mort récurrent dans l’art. Plusieurs oeuvres l’illustrent dans l’exposition du MACL, dont la sculpture saisissante Ghost Rider de Brandon Vickerd.

Brandon Vickerd, Ghost Rider (2015)

Brandon Vickerd, Ghost Rider (2015)

Même les designers ont pu s’inspirer de l’iconographie jérômienne. Michel Dallaire, créateur du mobilier des salles de lecture de la Grande Bibliothèque de Montréal, s’est inspiré d’un tableau d’Antonello Messine (XVe s.) qui illustre Saint-Jérôme en train d’écrire à sa table de travail. Cette allusion à la Grande bibliothèque fait par ailleurs référence au fait que l’érudition et les talents de traducteur de Jérôme en ont fait le saint patron des bibliothécaires.

Cette exposition éclairante qui se poursuit jusqu’au 8 mai 2016.

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