Un plan directeur de l’eau rassembleur

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Abrinord élabore cette année, son deuxième plan directeur de l’eau quinquennal (PDE). Dix ans après la fondation de l’organisme de bassin versant de la rivière du Nord, ce document est le symbole de son évolution et il témoigne d’une vision nouvelle que son équipe souhaite transmettre à l’ensemble des acteurs qui se trouvent sur le territoire.

Adaée Beaulieu

Afin de bien choisir les objectifs et actions qui seront poursuivis au cours des prochaines années, Abrinord a d’abord dressé un diagnostic des problèmes observés dans sa zone de gestion intégrée de l’eau (ZGIE). Parmi les 14 problématiques identifiées, celles qui sont priorisées sont la concentration de coliformes fécaux, la concentration de phosphore, la présence de fleurs d’eau de cyanobactéries (algues bleu-vert) et la dégradation ou perte de milieux aquatiques, riverains ou humides.

En fait, en ce qui concerne le premier problème, selon les calculs de l’organisme, les stations 18 et 21 du Programme d’échantillonnage de l’eau, soit le ruisseau des vases et la rivière noire, dépassent le critère de 1000 UFC/100ml (unité formant colonies de coliformes fécaux) dans plus de 25 % des cas. Ce résultat a été obtenu en excluant les données supplémentaires prises en temps de pluie qui sont habituellement plus élevées en raison de l’écoulement de l’eau à travers la terre. Cela signifie qu’entre les mois de mai et octobre, les usages récréatifs incluant des contacts légers ou indirects avec l’eau sont compromis sur ces cours d’eau. Les causes principales de ce problème dans ce secteur sont les épandages agricoles, l’entreposage non étanche des fumiers et l’accès des animaux aux cours d’eau.

Pour ce qui est de la concentration en phosphore, Abrinord a constaté que plus de 50% des échantillons dépassent le seuil de 0,03 mg/l aux stations 14, 15, 18, 19, 20, 21, 22 et 23, et ce, en temps de pluie ou non, entre les mois de mai et novembre. Les numéros 14, 15, 19 et 22 sont tous des sites de prélèvement d’eau de la rivière du Nord. Les deux premiers sont situés à Saint-Colomban alors que les deux derniers se trou-vent à Saint-André-d’Argenteuil. La station 20, quant à elle, représente la rivière Saint-Pierre à Mirabel et la station 23 la rivière Saint-André qui traverse la ville du même nom. Dans tous ces cas, comme l’explique Alexia Couturier, chargée de projets pour Abrinord, « la présence de phosphore peut entraver la pratique de certaines activités nautiques et entraîner le vieillissement des plans d’eau ». Elle ajoute aussi que, « selon des études réalisées dans la zone, les charges de phosphore proviendraient à environ 45% de sources ponctuelles, c’est-à-dire des industries, ainsi que de rejets et de sur-verses des usines d’épuration ».

Selon le diagnostic du nouveau PDE, la problématique des cyanobactéries a touché, au moins une fois, 45 lacs de la ZGIE entre 2004 et 2012. La région la plus affectée a été celle de Sainte-Anne-des-Lacs puisque Abrinord a trouvé des algues bleu-vert sur le lac Johanne et le lac Saint-Amour, respectivement 6 et 5 années consécutives. Les apports externes en phosphore, par le biais des installations septiques individuelles, de l’érosion, de la fertilisation dans le bassin versant, sont une des causes de la forte population de cyanobactéries dans ces cours d’eau.

De son côté, la dégradation, ou la perte des milieux aquatiques, riverains ou humides, a surtout été observée près des zones urbaines, résidentielles, de villégiatures et dans les secteurs agricoles. Elle est le résultat du développement lié à l’activité humaine, de la construction d’infrastructures routières et des activités agricoles. Par exemple, dans ces deux derniers cas, la création de remblais, l’utilisation du drainage, le détournement de l’eau de surface et l’artificialisation des rives sont fréquents.

Pour répondre à l’ensemble de ces problèmes, Abrinord a décidé d’utiliser une nouvelle approche dans le choix de ses objectifs et actions. Contrairement, au premier plan directeur de l’eau rédigé en 2008, qui contenait 70 objectifs et 198 actions, cette année, seulement neuf objectifs et 16 actions sont mentionnés dans le document. « Avant c’était une liste de tout ce qu’il y avait à faire, mais maintenant on veut se concentrer sur la gestion intégrée, on veut être rassembleur », a indiqué la directrice générale de l’organisme, Isabelle Marcoux. Elle affirme donc que les objectifs sont axés sur les acteurs plutôt que sur le résultat environnemental. C’est pourquoi les mots « coordonner », « partager » ou « concerter » sont utilisés à chaque fois qu’un objectif est énoncé. Pour ce qui est des actions, l’équipe d’Abrinord a découvert, au fil des années, que son rôle est de rassembler les acteurs. « On ne pose pas les gestes à la place des gens. Par contre, si une action ne se réalise pas, par manque de collaboration, Abrinord est là pour intervenir », soutient Mme Marcoux. La réussite des projets est donc dépendante des efforts des MRC, municipalité, citoyens, industries et autres acteurs. « Les gens ont un grand sentiment d’attachement envers la rivière. On doit garder et développer ce sentiment », conclut la directrice.

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