District 31 et le VIH

Émilie Corbeil

Journaliste stagiaire chez Journal des citoyens

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Informer sur la réalité pour ne pas se faire avoir par la fiction

Émilie CorbeilLes 6 et 10 décembre derniers, la série District 31 présentait l’histoire d’une femme atteinte du VIH multipliant les partenaires et ne leur déclarant pas son statut sérologique. Le personnage joué par Hélène Bourgeois Leclerc ira même jusqu’à qualifier la dame de « tueuse en série ». Pour le moins dire, l’auteur a fait un drôle de choix, et ce, pour plusieurs raisons.

S’inventer une tueuse en série

D’abord, si nous avons tous le souvenir du tueur que fut le VIH-SIDA, il est primordial que nous en reparlions au regard de ce que cette maladie est devenue aujourd’hui. Le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) et son ancien corollaire, le SIDA (syndrome de l’immunodéficience acquise), étaient mortels par le passé mais les traitements disponibles aujourd’hui ont transformé ce virus en maladie chronique. Grave, certes, mais pas mortelle. Une personne séropositive, au Canada, a désormais une espérance de vie tout à fait comparable à celle d’une personne non atteinte. Et 91 % des patients traités enregistrent une charge virale carrément indétectable. Impossible de transmettre le virus dans cet état.

Choix douteux, donc, de la part de l’auteur. À croire qu’une panne d’inspiration lui aura fait négliger les options d’agents pathologiques mortels que nous connaissons par les temps qui courent.

Des préjugés qui contaminent encore

Mais quelle importance, pourra-t-on dire, puisqu’il s’agit d’une fiction ? Haute, selon la Coalition des organismes communautaires Québécois de lutte contre le VIH-SIDA (COCQ-SIDA) qui, par voie de communiqué, a demandé à la production ainsi qu’à la Société Radio-Canada de rectifier les faits.

En effet, présenter les personnes vivant avec le VIH comme de potentielles menaces à la sécurité publique n’arrange rien aux préjugés et à la stigmatisation dont elles sont victimes. Parce que de l’avis de plusieurs spécialistes, les personnes atteintes souffrent désormais davantage de leur isolement que de leur maladie. Les préjugés ont aujourd’hui la couenne plus dure que le virus lui-même.

La confiance envers le réseau de la santé

L’agente jouée par Bourgeois Leclerc a, en outre, remis en doute l’obligation du secret professionnel dans le système médical, et ce, en appuyant ses propos sur un jugement de la Cour suprême; jugement qui ne saurait être interprété de la sorte dans la réalité. Le secret professionnel existe toujours. Gare au médecin qui le lèverait sur la base d’un tel discours.

Encore une fois, faire passer pour fragile la protection du dossier médical n’aide en rien la cause commune. Si les personnes qui pensent être à risque ou atteintes, craignent que leur information médicale soit divulguée, elles pourraient décider de se tenir loin du corps médical au moment où elles en ont le plus besoin pour se protéger elles-mêmes comme pour protéger les autres.

La vérité sur la fiction

La fiction est un mensonge. Un beau mensonge, souvent. Un ramassis de faussetés qui nous fait rêver, fantasmer, voyager. Un pur produit de l’imagination d’artistes qui devient le sel de nos vies souvent routinières et monopolisées par des préoccupations platement pragmatiques. Il faut toutefois veiller à ce que l’assaisonnement ne se fasse pas trop passer pour le plat principal.

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