Fonds d’urgence pour l’appui communautaire

fond d'urgence commonautaireLa Samaritaine de Mont-Tremblant est un des 32 organismes qui a bénéficié du financement de la Fondation Laurentides. – Crédit photo : gracieuseté La Samaritaine de Mont-Tremblant

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La Fondation Laurentides se met en action

Émilie Corbeil  Dans la foulée du financement fédéral lié à la COVID-19, la Fondation Laurentides a reçu et redistribué 1 128 027 $ à 32 organismes communautaires de la région. L’exercice a pris des airs de course contre la montre; et l’organisme, inactif, a saisi la balle au bond afin que la région ne perde pas l’aide gouvernementale à laquelle elle avait droit. Le Journal s’est entretenu avec son président, monsieur André Marion.

Membre du réseau des fondations communautaires du Canada

Créé en 2011 par François Mercier, l’organisme fait partie du réseau de 191 fondations communautaires à travers le pays. Monsieur Mercier étant récemment décédé des suites d’une longue maladie, la Fondation n’était, aux dires de monsieur Marion, pas très active. 

À la base, la mission des fondations communautaires du Canada est de pourvoir chacune des régions desservies de fonds de dotation au bénéfice des organismes de bienfaisance. La Fondation Laurentides a pour objectif d’aider les organismes de la région à créer et administrer de tels fonds de dotation, ainsi qu’à solliciter et à recevoir des dons y étant dédiés.

Elle vise également à promouvoir l’éducation à la philanthropie, à accompagner les donateurs dans la réalisation de leurs objectifs et à maximiser leurs avantages fiscaux. 

Quand l’argent cogne à la porte, on ouvre

Des 350 millions versés par le gouvernement du Canada au Fonds d’urgence pour l’appui communautaire (FUAC), 1 128 027 $ étaient dédiés à la Fondation Laurentides, qui a dû saisir la balle au bond afin que l’argent ne soit pas perdu. Un comité d’évaluation des demandes a dû être mis sur pieds d’urgence et ses membres, selon monsieur Marion, ont été particulièrement généreux de leur temps. 

À partir du 19 mai dernier, les membres du comité ont reçu les demandes et accordé du financement pour un montant maximal de 75 000 $ à 32 organismes de bienfaisance. Fait inhabituel, les demandes ont dû être approuvées selon le mode « premier arrivé, premier servi », puisque l’organisme avait 10 jours pour rendre sa décision et que le montant global du financement devait être distribué en entier avant le 27 juillet.

Pour monsieur Marion, il est évident que ces exigences du fédéral ont posé obstacle à l’équité et à l’équilibre dans les octrois de financement. Plusieurs organismes n’ont pas été mis au courant de la mesure et ont omis de soumettre des demandes. La Fondation a par ailleurs tenté d’en rejoindre plusieurs pour les informer, parfois sans succès. Dans les circonstances, monsieur Marion est toutefois confiant que l’aide consentie était appropriée.

Le comité d’évaluation devait rendre un avis unanime pour chaque montant d’aide versé et les membres ont été très rigoureux dans l’évaluation des projets soumis. La liste complète des organismes et les montants consentis pour chacun sont disponibles sur la page Facebook de la Fondation.

Un tremplin pour le futur

M. Marion a indiqué au Journal que le financement fédéral via le FUAC est un tremplin pour permettre à l’organisme de se faire connaître et de réaliser sa mission première, soit de créer des fonds de dotation afin d’assurer la pérennité des organismes de bienfaisance régionaux. 

Ne bénéficiant pas de fonds importants pour l’heure, il souhaite que les activités de redistribution fassent connaître la Fondation aux organismes et aux philanthropes et qu’elle devienne une référence dans le domaine du financement dans un futur proche.

Une expertise comptable pour améliorer la confiance

Au sujet de la perte de confiance du public envers certains organismes de bienfaisance, André Marion précise qu’il est urgent, pour les organismes tels que la Fondation Laurentides, de développer une expertise comptable afin de séparer le bon grain de l’ivraie. Il a lui-même constaté que plusieurs organismes versent des salaires de plusieurs centaines de milliers de dollars à leurs dirigeants. Difficile, dans l’état, de parler d’organismes à but non lucratif. 

La Fondation Laurentides souhaite devenir une référence en ce sens : un moyen, pour les donateurs, de s’assurer que leurs dons servent réellement les œuvres qu’ils ont choisi d’endosser. Un moyen, également, d’informer le public au sujet des dons de charité. 

La philanthropie en question

Brigitte Alepin, dans La crise fiscale qui vient, écrivait : « Il est surprenant de constater qu’en 2010, un secteur d’activité aussi important comporte autant de failles, toutes plus importantes les unes que les autres. Les organismes de bienfaisance, et surtout les fondations privées, semblent évoluer dans un monde fiscal privilégié. Au fil des années, au lieu de s’améliorer en faveur des contribuables, la situation semble se détériorer à l’avantage des grands philanthropes. »

Ce passage fait référence à un fait décrié par plusieurs auteurs et chercheurs : le Canada possède un des systèmes les plus généreux au monde en ce qui a trait à la fiscalité reliée à la philanthropie. L’État se prive donc de milliards de dollars au profit de fondations dont les œuvres sont dictées par les philanthropes eux-mêmes. On craint une dérive démocratique où l’état social serait supplanté par des donateurs privés.

Madame Alepin, dans son livre Ces riches qui ne paient pas d’impôts, explique à titre d’exemple que la famille Chagnon a reçu un total de 1,05 milliard de dollars en économies d’impôts pour avoir injecté une somme de 1,4 milliard dans sa fondation privée. 

Questionné à ce sujet et au sujet de la maximisation des retombées fiscales comme un service proposé par son organisme, André Marion est d’avis que cette perte de pouvoir démocratique est une théorie et qu’il s’agit davantage d’un problème chez nos voisins du sud. Souverainiste affirmé, il estime par ailleurs qu’il n’est pas certain que l’État gèrerait mieux cet argent. Il insiste sur le fait que les donateurs agissent en général par pure générosité et qu’il est donc normal que les causes qu’ils endossent soient à leur propre choix.

L’éthique financière en question

Comme le souhait de la Fondation est d’acquérir des sommes importantes et d’en faire le placement sur les marchés financiers, le Journal a questionné monsieur Marion sur la politique de placements de l’organisme. De plus en plus d’organismes se dotent de telles politiques afin de soumettre leurs placements à des règles éthiques environnementales, sociales et de gouvernance.

Ne bénéficiant pas pour l’heure de sommes importantes, l’organisme n’a pas de politique à ce sujet. L’idée fait par contre son chemin et risque d’être examinée lors de la prochaine assemblée annuelle. Tout à fait sensible à l’idée de faire des placements assujettis à une certaine éthique, monsieur Marion précise toutefois que les fonds doivent être investis diligemment pour le profit des organismes avant tout et qu’il est souvent difficile de s’assurer que les sommes investies sur les marchés sont réellement soumises aux normes établies. Il promet toutefois qu’une réflexion sérieuse aura lieu à ce sujet.

Une importante invitation aux organismes de la région Comme il est toujours possible que le gouvernement fédéral débloque de nouvelles sommes liées à la COVID-19, la Fondation Laurentides invite les organismes qui souhaitent recevoir du financement à soumettre leurs projets dès à présent.

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