Un vertige trop intérieur ?

Photo de Donatas Alisauskas
Carole Trempe
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« Les jolies choses », une pièce de Catherine Gaudet

Carole Trempe – La pièce est portée par cinq interprètes au talent exceptionnel, au contrôle physique impressionnant presque acrobatique qui dansent pendant 60 minutes sans arrêt. On ne peut que saluer leur engagement total dans une gestuelle intense soutenue par des sons scandés.

L’atmosphère est épurée et tendue. On est dans un univers singulier. Les corps sont d’une précision presque chirurgicale. Les gestes répétés avec intensité frôlent l’hypnose. Les interprètes se déplacent comme des funambules entre tension et relâchement.

On sent un travail rigoureux et une recherche fine; et pourtant, malgré toute l’excellence, l’émotion ne m’a jamais rejointe. Le propos a semblé très introspectif et conceptuel, cérébral, hermétique. Comme si tout se jouait de l’intérieur dans un mode clos sans que le public y soit convié. 

Je me suis posé beaucoup de questions. Est-ce moi qui ne suis pas parvenue à décoder le langage chorégraphique si particulier ? Ai-je manqué l’indice, le point d’entrée, le fil qui m’aurait permis de traverser le miroir ? 

J’ai fait une analogie avec le théâtre de Samuel Beckett marqué par l’absurde, le tragique, l’attente, le silence. Il remet en question les formes traditionnelles du théâtre en réduisant les dialogues à l’essentiel; en mettant sur scène des personnages figés dans une situation sans issue. J’ai fait un lien avec la chorégraphie qui se déroulait. Par la gestuelle crue et répétitive, Catherine Gaudet fait ressortir les désirs, les peurs. Sa danse est un cri du corps, une mise à nu de l’âme.

Au final, le titre semble une provocation tranquille. Le refus du joli, justement.

La musique participe activement à la sensation d’étrangeté par les strates sonores et les vibrations sourdes, même assourdissantes. Parfois, on ne sait plus très bien si l’on regarde un spectacle ou si l’on assiste à une séance de purification postmoderne. Cette musique répétitive avait la capacité de nous mettre les nerfs à vif.

Il ne s’agit pas de nier la qualité du travail ni l’intention artistique. Catherine Gaudet occupe une place unique dans le paysage chorégraphique québécois. Elle est reconnue pour sa signature chorégraphique exigeante et introspective. Elle travaille par couches, par effleurements. Elle signe des œuvres audacieuses, radicales et sans concessions. Elle n’a pas peur de l’inconfort. 

Si certains y ont trouvé un écho, j’en suis ressortie comme tenue à distance. Comme devant une œuvre abstraite dont la clé m’échappait. 

Les jolies choses sont restées derrière la vitrine.

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