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Darius et Tatie
Lyne Gariepy – Il y a les grandes injustices, comme les injustices sociales : celles envers le sexe (souvent féminin), la race, la religion, et autres. Il y a aussi les injustices psychologiques, et celles que l’on perçoit dans la famille ou entre amis. Mais les injustices perçues par un garçon de sept ans sont parfois surprenantes.
Depuis plusieurs années, mon amoureux Joanis et moi recevons notre famille et nos amis pour le souper de l’Action de grâce. On installe une grande table à l’extérieur, devant le foyer dans lequel brûle un feu pour nous réchauffer (on est en octobre après tout, et les soirées sont froides). Je cuisine une énorme dinde et ses accompagnements, avec un potage à la courge, prépare des plateaux de fromages et de charcuteries, et un dessert de saison. Je mets ensuite la table avec ma belle vaisselle antique et des fleurs, pour entre 12 et 20 personnes, et bien évidemment, des chandeliers et des bougeoirs pour s’éclairer aux bougies.
Cette année, j’ai installé deux bougeoirs vintages plaqués argent et un autre un peu plus petit en cuivre cloisonné sur la grande tablée, composée de deux tables : une très grande et une autre plus petite au bout. C’est des bougeoirs que j’utilise régulièrement dans la maison. Les bougies étaient donc déjà installées. Je dépose les bougeoirs sur les tables, les deux argentés sur la grande table et le petit cuivré sur la table du bout.
Darius, mon filleul d’amour, est assis à la petite table, à côté de moi, qui suis assise à la grande table. Il observe les différentes hauteurs des bougies, me regarde et dit, avec un petit sourire, pour être entendu de tous : « Je pense que Tatie préfère les gens à la grande table, plutôt que nous à la petite table. On est moins importants parce qu’on a eu une plus petite bougie qu’eux. » « Et tu penses que j’ai fait exprès, que j’ai mis les plus grandes bougies sur l’autre partie de la table parce que je préfère les autres ? » que je lui réponds.
« Bien oui Tatie, parce que sinon, tu nous aurais mis des bougies toutes égales, sinon c’est injuste ! » ajoute Dada. « Penses-tu, mon loup, que tu es moins important pour moi que les autres ? » que je lui demande.
Darius réfléchit et me dit : « Non, Tatie » « Tu sais, Darius, parfois, on fait exprès d’être injuste, mais d’autres fois c’est la faute du hasard. C’est des injustices de circonstance. Comme pour les bougies : elles étaient déjà dans les bougeoirs, et j’ai mis les deux bougeoirs pareils sur la grande table pour espacer les trois à la même distance, et c’est donc le petit qui s’est retrouvé sur ta table. Il n’y a pas d’autre raison derrière ce geste, seulement plusieurs petits hasards. D’ailleurs, la petite bougie est presque toute consumée, je vais la remplacer par une nouvelle, et tu auras alors la plus haute sur la table ! » que je lui réponds. « Super, Tatie ! » me dit Darius avec un grand sourire !
