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L’histoire de Mont-Rolland
Joseph Graham — une traduction de Brian Parsons
Lorsqu’on examine les noms de lieux, qu’il s’agisse de routes, d’écoles, voire de montagnes ou de rivières, il est essentiel de se pencher sur le contexte mondial et local pour comprendre l’esprit de l’époque où ces noms ont été choisis. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Quelle est l’histoire qui se cache derrière ce nom ? De nos jours, ce choix paraît-il étrange ou inapproprié, ou a-t-il résisté à l’épreuve du temps ?
Le sergent Jean-Pierre Rolland aborda pour la première fois le continent nord-américain en juin 1755, alors qu’il pêchait la morue avec ses camarades pour compléter leur alimentation après un mois en mer. Arrivée à Québec, sa compagnie fut rapidement transférée à Montréal, puis vers l’ouest, en territoire iroquois. Ils servirent d’abord sous les ordres du major général Jean Erdman, baron Dieskau, puis sous ceux de Louis-Joseph de Montcalm, la terreur des Britanniques. Rolland et ses hommes remportèrent des victoires jusqu’à la bataille décisive des plaines d’Abraham. Après cette défaite et la perte de Montréal qui s’ensuivit, l’accord de reddition offrit aux soldats français la possibilité de rentrer en France. Cependant, cinq années passées dans le Nouveau Monde, et sa fiancée, Marie-Joseph Guertain, convainquirent Jean-Pierre Rolland qu’il ne souhaitait pas continuer à servir son roi et qu’il préférait rester comme civil au Canada.
Leur vie était difficile et le jeune couple n’eut qu’un fils, Pierre, qui atteignit l’âge adulte. Accablé de dettes, Pierre fut contraint d’abandonner la ferme familiale et déménagea avec sa famille, dont son jeune fils Jean-Baptiste, à Saint-Hyacinthe. Jean-Baptiste Rolland, ne voyant aucun avenir dans la vie rude d’un ouvrier agricole à Saint-Hyacinthe, quitta la maison familiale à pied à l’âge de 18 ans, en 1832. Il n’avait que 30 cents en poche et était déterminé à rejoindre Montréal, à trois jours de marche. Il arriva à Montréal début avril et se mit en quête d’un emploi. Montréal était une ville animée, peuplée de milliers d’immigrants et d’autres jeunes ruraux, comme Rolland. Le choléra ravageait la ville et les tensions politiques s’intensifiaient. En 1834, Rolland était apprenti imprimeur pour la publication controversée La Minerve, le journal fondé par A.-N. Morin, l’un des Patriotes arrêtés lors des soulèvements de 1837, est un personnage important de l’histoire canadienne-française. Nombre de ses héros les plus célèbres sont des Patriotes qui ont défendu leurs principes. Certains, comme Morin, Viger, Marchand et bien sûr de nombreux prêtres, sont morts sans héritage, confirmant ainsi l’idée reçue selon laquelle les Canadiens français aspiraient soit à devenir prêtres ou notaires, soit étaient désavantagés par le système politico-économique de l’époque. Rolland, quant à lui, ignorait ce handicap. Convaincu de l’importance des affaires, il bâtit un empire avec seulement 30 cents en poche. En 1840, il était maître imprimeur et, cette même année, il ouvrit sa propre imprimerie avec John Thompson. Deux ans plus tard, à 24 ans, il se mit à son compte et ouvrit une librairie. Durant les années suivantes, il vendit des livres, du papier et des produits dérivés, importa des ouvrages en français, en anglais et en allemand, et publia des manuels scolaires. En 1859, son fils aîné, Damien, le rejoignit, et dès 1872, ses autres fils intégrèrent l’entreprise familiale en pleine expansion. Il fut un bienfaiteur de son quartier de la rue Saint-Denis à Montréal et, entre 1872 et 1879, participa à la construction de nombreux immeubles dans ce secteur. Il fut cofondateur de la Banque d’Hochelaga, qui devint la Banque Provinciale, puis fusionna avec la Banque Nationale. En 1879, la boucle fut bouclée avec l’acquisition de La Minerve, le journal où il avait débuté sa carrière 47 ans plus tôt. Comme nous le verrons, cela ne mit pas fin à l’implication de sa famille dans les entreprises d’Augustin-Norbert Morin.
La véritable croissance de ses entreprises commença en 1881. Le curé Labelle apprit que J.-B. Rolland souhaitait fabriquer son propre papier et il encouragea l’entrepreneur à examiner un terrain à Saint-Jérôme, où le train venait d’arriver. Père et fils prirent tous les risques pour ouvrir leur première usine de papier en 1881-1882. Jean-Baptiste aurait pu se retirer dignement et fortuné, mais à 67 ans, il se lança à nouveau dans l’aventure avec ses fils. Sous leur direction, la Compagnie de papier Rolland devint une entreprise florissante. En 1887, l’entreprise étant solidement entre les mains de ses fils, Jean-Baptiste Rolland décida de prendre sa retraite. Il avait 72 ans. Sir John A. Macdonald le nomma au Sénat, où Rolland estimait pouvoir continuer à servir le pays qu’il avait contribué à bâtir. Il décéda un an plus tard.
En 1902, ses fils ouvrirent une deuxième usine de papier sur la rivière du Nord, à Sainte-Adèle, la même ville où le prédécesseur de Rolland et premier propriétaire de La Minerve, A.-N. Morin, avait expérimenté la culture de la pomme de terre afin d’encourager les Canadiens français à s’établir dans les Laurentides. Trois ans plus tard, en 1905, le gouvernement ouvrit un bureau de poste nommé Mont-Rolland pour desservir la population nombreuse vivant autour du moulin. En 1918, une nouvelle paroisse, Saint-Joseph-de-Mont-Rolland, fut créée, la séparant de Sainte-Adèle. Ce n’est que dans les années 1960 que son nom fut abrégé en Mont Rolland.
Mont-Rolland fusionna avec Sainte-Adèle en 1997, et le nom subsiste aujourd’hui pour désigner un quartier de la commune d’origine.
Notre passé — Ce texte est une traduction d’un article paru dans une lettre d’information en ligne de Joseph Graham. Pour lire l’original, veuillez aller à josephgraham.ca/p/the-naming-of-mont-rolland; et pour obtenir des informations sur la lettre d’information, veuillez aller à josephgraham.ca.
