Articles by Sylvie Prévost

Saint Patrick et al

Keltik Pilgrim Sylvie Prévost – Le 17 mars nous donne chaque fois l’envie de revisiter le répertoire irlandais. En cette soirée du 25, Keltik Pilgrim a aussi évoqué l’Écosse et bien d’autres pays de la parentèle. Toute la soirée s’est passée à voguer plaisamment d’une pièce à l’autre, sans heurt, sur un courant très organique. Le public, bien d’accord pour suivre, ne savait pas toujours où il en était quant au programme, mais quelle importance? Ce n’est que pour la critique que ça corse un peu les choses. Le samedi 25 mars 2017 : Keltik Pilgrim-Terres celtiques É. Amesse, violon; J. Anker, voix, banjo; É. Bégin, voix, guitare; R. Cyr, percussions; M. Dubeau, instruments à vent. Le répertoire m’a paru, grosso modo, moins endiablé que d’habitude, plus « ballades », s’abreuvant aussi à des sources moins anciennes. Très abondant, il a présenté des arrangements inventifs et intéressants, toujours respectueux de l’atmosphère de chaque pièce. Chaque musicien a eu son heure de gloire, bien appuyé par les autres… il est certain que le groupe est très soudé, très rodé. Guitariste et violoniste sont énergiques et leur présence est soutenue. M. Dubeau, jonglant avec une panoplie d’instruments à vent, nous fait vivre des expériences uniques,…


Un programme inattendu…

Le Quatuor Claudel-Canimex Sylvie Prévost –Le Quatuor Claudel-Canimex est une valeur sûre parmi les quatuor québécois. Réputé pour offrir une tribune aux artistes féminines, il a pris cette fois une tout autre orientation. En effet, si aucune des pièces de ce concert n’ont été écrites par des femmes, toutes ont été composées par des Québécois, ce qui est aussi un point de vue intéressant. En outre, rompant avec sa tradition classique, l’ensemble a parcouru le thème de la tradition, l’étendant jusqu’à inclure Gilles Vigneault. La tradition y a même été représentée par des contes… dans lesquels, doit-on toutefois avouer, les modèles féminins ne sont pas au goût du jour… Cela dit, ne boudons pas notre plaisir. Les quatre instruments sont d’un velouté incomparable sous les doigts de leur musicienne respective. Tout ce répertoire demande une vitalité imposante et une tenue rythmique parfaite. Aucun problème ici : les musiciennes forment un corps énergique aux quatre membres parfaitement justes et coordonnés, aux sonorités équilibrées. On le constate déjà dans la Danse villageoise de Champagne, ça se poursuit avec La fête celtique, endiablée, sans pitié pour la violoncelliste, et dans laquelle les caractéristiques musicales des peuples choisis sont très bien évoquées. Le premier…


Monarques, dieux, bergers et bergères

Spectacles d’ici avec Sylvie Prévost Ce n’est pas fréquent qu’on se voie proposer un rendez-vous avec une époque révolue depuis presque quatre siècles… C’était une occasion à ne pas manquer. Le baroque français, je l’avoue, je n’aime pas… ou plutôt, je n’aimais pas. Des textes conventionnels se rapportant à des bergers d’opérette ou à une mythologie éculée, la musique qui est le plus souvent à côté de la plaque si on se réfère aux émotions prétendues… Ce n’est que ce dimanche que j’ai compris à quel voyage dans le temps il nous convie, de quelles racines de notre civilisation il nous fait le portrait. C’est en effet l’époque où l’Amérique française a été colonisée, la musique que jouaient nos élites, les chansons connues du peuple venu s’installer ici. Le Rendez-vous baroque français est le groupe idéal pour cette rencontre : d’excellents musiciens, une chanteuse à l’élocution parfaite, des explications lumineuses, des textes chantés remis au public à l’entrée. Le programme proposé a permis à l’ensemble de briller tout en ménageant des espaces qui confirment la virtuosité de chacun. Le flûtiste est d’une agilité de jeu renversante et possède un souffle inépuisable. Le violoniste et lui sont d’une complicité de tous les…


Merci, tout de même

Nataliya Labiau en duo Sylvie Prévost– Sans qu’on sache pourquoi, là où l’on attendait une pianiste seule s’est présenté un duo. Y a-t-on gagné au change? Je dois dire que le programme de la soirée faisait place à de la bien belle musique. Le Marcello est en fait le second mouvement d’un concerto pour hautbois que J.S. Bach aimait tant qu’il en a fait une transcription pour clavecin seul. C’est de cette transcription qu’est né l’arrangement pour piano et violoncelle que nous entendons maintenant. C’est de la musique pleine de sentiment, même poignante, un sommet de la musique baroque italienne, malheureusement entaché par la justesse parfois approximative du violoncelle. Le samedi 19 novembre 2016  : Nataliya Labiau en duo Nataliya Labiau, pianiste et Dominic Painchaud, violoncelliste.  A. Marcello : Larghetto Affettuoso ; J. S. Bach : Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur, BWV 1029 ; F. Mendelssohn : Duetto ; P. Tchaïkovski : Nocturne op. 19  et Pezzo Capriccioso op. 62 ; F. Mendelssohn : Romance sans paroles op. 109 et Spinnerlied ; J. Brahms : Sonate pour violoncelle et piano no 1 en mi mineur, op. 38. Nous glissons ensuite tout naturellement dans une sonate de Bach. La pianiste joue très détachée,…


Zodiac Trio

Soirée atypique : Piano, violon et clarinette Sylvie Prévost– Tout dans cette soirée a été atypique… pour notre plus grand plaisir et pour élargir nos horizons. La formation piano, clarinette et violon est assez rarement entendue. Pourtant violon et clarinette, à les écouter ici, sont faits pour s’entendre et danser accompagnés du piano. Comme peu de compositeurs se sont intéressés à ce genre de trio  avant le 20e siècle, le Zodiac Trio procède beaucoup par commande d’ œuvre et fait ses propres arrangements. Le samedi 5 novembre 2016 : Histoires & images, Zodiac Trio Vanessa Mollard, violon, Riko Higuma, piano, Kliment Krylovskiy, clarinette.  A. Piazzolla : Milonga  et Muerte del Angel ; S. Prokofiev : Pierre et le loup ; N. Gilbert : Comment révéler un secret  ; O. Ben-Amots : Dance of the Seven Circles  tiré de Nigun ; I. Stravinsky : L’Histoire du soldat. Mme Higuma a signé ceux que nous avons entendus : deux pièces de Piazzolla et Pierre et le loup  de Prokofiev.  Dans les deux premières, les musiciens font une foule à eux trois et la danse est manifeste : coquine tout autant qu’inquiétante, sulfureuse et tragique. La séduction agit et le public cède !   Puis, rupture de ton avec le Prokofiev…


Concert humoristique et mouillé

Tristan Longval-Gagné, sous les thèmes de l’eau et de l’humour Sylvie Prévost – Rassemblant plusieurs œuvres sous les thèmes de l’eau et de l’humour, Tristan Longval-Gagné s’est fait l’interprète lumineux de compositeurs inspirés. Les pièces de ce récital sont d’authentiques joyaux méconnus. Les présentations que le pianiste en a faites sont éclairantes et manifestement étayées par des recherches exhaustives, bien qu’elles aient été livrées au public fort simplement et avec beaucoup d’humour. Voilà un musicien qui sait de quoi il parle. Le piano étant de nature percussive, rendre la musique fluide sans tout noyer dans la pédale est déjà une réussite. La technique merveilleuse de Longval-Gagné permet tout le legato nécessaire, souligne le chromatisme de Liszt qu’il agrémente de notes perlées, en gouttelettes brillantes. Les pièces suivantes, très imagées, témoignent d’un excellent sens du récit, soutenu par une immense palette de nuances. Portant sur différentes façons de représenter l’eau, tout subtilité et finesse, la première partie du concert est restée enjouée et lumineuse. La seconde partie s’est orientée vers l’humour. Satie est de mise ici, bien sûr. Sa Sonatine, avec ses ruptures de ton bien menées, a fait sourire tout le monde. Prokofiev donnant dans le sarcasme était plus dur,…


Rémi Boucher, guitariste

Quel Phénomène! Sylvie Prévost – Musicien peu banal, le guitariste Rémi Boucher laisse son auditoire, dont la critique, pantois sur plusieurs plans… Rémi Boucher a reçu des bourses convoitées, étudié avec des maîtres reconnus, il est récipiendaire de prix prestigieux, il donne à son tour des cours de maître ou siège au jury de concours internationaux. On s’attend à entendre un musicien grandiose… Doté d’une virtuosité phénoménale, Boucher semble pouvoir obtenir tout ce qu’il veut d’une guitare. Au point de vue technique, rien n’est à son épreuve. La Chaconne BWV 1004 de Bach, transcrite pour la guitare, est en soi un véritable défi, brillamment relevé pour ce qui est de l’exécution. Hélas! Exécution est bien le mot qui convient, car une fois dépassé l’aspect proprement technique, nous nous sommes trouvés devant une pièce méconnaissable, un salmigondis de notes dans lequel aucune voix n’est perceptible, aucune émotion ne passe. Le tempo métronomique là où le drame ou l’espoir auraient pu s’exprimer, l’absence de respiration là où on aurait voulu apprécier quelques résonnances, l’accent mis sur les notes d’accompagnement plutôt que sur la ligne mélodique… Boucher semble tout jouer à l’inverse. Ses compositions souffrent aussi, mais autrement. Au travers quelques très belles…


Coup de cœur, coup de foudre

Sylvie Prévost–On n’a pas souvent l’occasion d’entendre le hautbois sans un orchestre qui l’enrobe… Chronique d’une découverte passionnante. C’est donc à une soirée unique en son genre, et au programme remarquablement équilibré que nous a conviés Vincent Boilard, accompagné d’un fameux pianiste, Olivier Hébert-Bouchard. Samedi 30 avril 2016 : Coup de cœur pour le hautbois Vincent Boilard, hautbois et Olivier Hébert-Bouchard, piano. W.A. Mozart : Sonate no 24 K. 376 en fa majeur; F. Poulenc : Sonate pour hautbois et piano; Mathieu Lussier : Romance pour hautbois d’amour et piano, op. 29; J. Steinmetz: Suite from an Imaginary Opera; M. Ravel : Gaspard de la Nuit; A. Pasculli : Concerto sopra motivi dell’opera La Favorita di Donizetti. Tout d’abord, une sonate de Mozart, écrite pour violon et piano et transcrite pour son instrument par le hautboïste lui-même. Boilard y a déployé un jeu d’une grande élégance, à laquelle a pareillement répondu le piano – presque sans pédale et aux fins de phrase particulièrement soignées. Un plaisir primesautier et printanier. L’échange des thèmes, le partage des phrases musicales commencées par l’un, terminées par l’autre, ont donné l’impression d’une brillante tresse de sons, teintée de lilas. Rassurez-vous… la musique était lilas, non le visage du hautboïste, malgré la…


Étoiles montantes

Sylvie Prévost-   En fait de feux, ce furent des feux d’artifice ! Janelle Fung et Timothy Chooi, tous deux natifs de Vancouver, font partie de la cohorte des jeunes virtuoses à suivre. Si elle est désormais établie en professionnelle à Montréal, lui est encore étudiant. La soirée a commencé par la Havanaise de Saint-Saëns, l’une de ces pièces françaises inspirée par l’Espagne comme il y en eut plusieurs à cette époque. Elle a été interprétée ici de façon plutôt romantique, très chantante, ce qui lui a donné une aura plus fraîche qu’ardente, bien que les tensions dramatiques y aient été fort appuyées. Ce n’est pas une pièce facile, souvent dans les suraigus du violon, parsemée de glissandi qu’il faut réussir pour rendre le mouvement de la danse, mais Chooi l’a jouée sans sourciller et avec une sensualité certaine, fort bien soutenu par la pianiste. Samedi 12 mars 2016 : Pleins feux sur Chooi et Fung Timothy Chooi, violoniste et Janelle Fung, pianiste. C. Saint-Saëns : Havanaise ; S. Prokofiev : Sonate pour violon no 2 en ré majeur ; W. A. Mozart : Sonate pour violon K. 304 en mi mineur ; T. A. Vitali : Chaconne ; A. Bazzini : La Ronde des lutins. La Sonate pour violon no 2 de Prokofiev,…


De la guitare comme on n’en entend rarement

Sylvie Prévost – Vous vous souvenez d’E.T., le héros de Spielberg ? J’ai entendu un guitariste qui ales doigts aussi longs et aussi magiques… mais rosés et  moins croches!  Thierry Bégin-Lamontagne est celui dont je parle. Il n’en est pas à sa première visite chez nous, mais c’est toujours un plaisir de l’entendre. Ce 30 janvier dernier, il a d’abord joué deux sonates de Scarlatti, originalement écrites pour clavecin, mais transcrites pour la guitare par lui-même. La première est une magnifique ouverture de concert : un chant humble, fervent et tendre. La seconde, beaucoup plus dansante et prise à une vitesse vertigineuse, donne tout de suite une idée des capacités du musicien. Les phrasés respirent, les volumes sont parfaitement dosés et l’interprète joue avec les timbres de façon magistrale. Dans les deux cas, toute la délicatesse, le cristal de Scarlatti est intact et sa musique sort magnifiée par la palette des nuances du guitariste. Il existe plusieurs transcriptions de ces pièces, mais aucune ne me paraît en avoir autant extrait le sel. La suite de la première partie est restée axée sur la virtuosité.  La pièce de Molino permet d’apprécier de nouveau le travail sur les timbres – plus velouté, plus…