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Lyne Gariépy et Joannis Sylvain – Mars, saison des impôts. Ajoutez à cela le prix de l’essence qui monte en flèche, et l’inflation des dernières années qui ne semble pas vouloir s’arrêter, et vous comprendrez que la plupart des gens, dans ce contexte d’instabilité monétaire, cherchent à économiser. Mais économiser ne veut pas dire se priver de culture. Et un bon site pour se divertir intelligemment et gratuitement est Télé-Québec. La sélection de films est très intéressante, nous offrant des films d’ici et d’ailleurs, en français, de belle qualité. En voici deux, que nous vous présentons. Bon visionnement !
Illusions perdues

Film 2022, drame historique, France, 2h30, Télé-Québec; Réalisation : Xavier Giannoli; interprètes : Benjamin Voisin, Xavier Dolan, Cécile de France, Vincent Lacoste, Salomé Dewaels.
Synopsis — Lucien (Benjamin Voisin) est un jeune poète inconnu dans la France du XIXe siècle. Il a de grandes espérances et veut se forger un destin. Il quitte l’imprimerie familiale de sa province natale pour tenter sa chance à Paris, au bras de sa protectrice, Louise de Bargeton (Cécile de France). Pour éviter un scandale, il se retrouve livré à lui-même dans la ville fabuleuse. Il se liera d’amitié avec le journaliste Étienne Lousteau (Vincent Lacoste), qui l’introduira à la critique, où le jeune homme parviendra à se faire une réputation et… quelques ennemis, dont son ami-ennemi Nathan d’Anastazio (Xavier Dolan). Il découvrira ainsi les coulisses d’un monde voué à la loi du profit et des faux-semblants. Une comédie humaine où tout s’achète et se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes. Il va aimer, il va souffrir, et survivre à ses illusions.
Ciné-fille — Illusions perdues est l’adaptation à l’écran du roman du même titre écrit par Honoré de Balzac. Publié en trois parties entre 1837 et 1843, ce chef-d’œuvre traite de riches sujets contemporains, que ce soit le culte de l’argent, de la gloire, de la cupidité, ou du journalisme corrompu et de la nouvelle pour vendre. Balzac, avec son dédain affiché pour la société marchande et la bourgeoisie, nous a offert un texte cynique et féroce à souhait où les personnages que l’on croise finissent souvent par se faire broyer par le système.
L’adaptation en film trouve des résonances avec le climat social actuel, avec les « fausses nouvelles » et les « influenceurs » de notre époque. La critique culturelle que je suis a tout de même grincé des dents devant la vision qu’on propose ici du début du journalisme culturel moderne. On nous présente un portrait différent, cru et sans complaisance, des journaux de l’époque, sans éthique, qui vendaient leurs opinions au plus offrant, ainsi que de toute la machine artistique, où le but était d’être craint pour s’élever.
Illusions perdues porte bien son titre, car non seulement le personnage principal perd ses illusions, mais le spectateur perd toute illusion entretenue sur la noblesse d’esprit et d’âme des artistes et journalistes des siècles derniers. Comme le dit le personnage de Nathan (interprété par Xavier Dolan, sobre et parfait), « la compromission est de tous les siècles ». Xavier Dolan assure aussi la narration avec justesse et brio. Cécile de France, Salomé Dewaels et Vincent Lacoste sont aussi brillants dans ce film.
Le film est un superbe drame d’époque (une rareté dernièrement), avec des décors et des costumes précis jusque dans les moindres détails, et nous présente toutes les strates de cette société dans laquelle se mêlent artistes, journalistes, éditeurs et nobles. L’adaptation de Xavier Giannoli fut d’ailleurs un triomphe lors de la 47e cérémonie des César en 2022, avec raison, remportant sept récompenses, dont le César du meilleur film, mais également les prix de la meilleure adaptation, du meilleur acteur dans un second rôle (Vincent Lacoste) et du meilleur espoir masculin (Benjamin Voisin), de la meilleure photo, des meilleurs costumes et des meilleurs décors, sur 15 nominations.
Et malgré qu’il nous présente les affres de la nature humaine, Illusions perdues, laisse (parfois) transparaître les bons sentiments des personnages. Un film intelligent, divertissant et, malheureusement, d’actualité. Une fresque loin d’être figée et poussiéreuse, qui nous rappelle que l’humain semble être voué à un éternel recommencement ! 8,5 sur 10
Ciné-gars — Xavier Dolan donne le ton au film, en faisant une excellente narration de chaque étape de l’histoire du personnage de Lucien. Nous ressentons l’effervescence de l’époque au travers de l’action, mais aussi des costumes et des décors, et au travers des différents milieux, comme le journal, le théâtre, tous bien représentés.
Tous les acteurs et actrices sont parfaitement à leur place et leurs interprétations sont justes. Vincent Lacoste brille particulièrement, grâce à son personnage, disons, plus cynique.
Je crois que si l’auteur des livres Illusions perdues, Honoré de Balzac, visionnait le film, il serait d’accord avec cette adaptation. 8 sur 10
Le règne animal

Film 2023, aventure, drame, fantastique, France, 2h10 minutes, Télé-Québec; réalisation : Thomas Cailley; interprètes : Romain Duris, Paul Kircher, Adèle Exarchopoulos.
Synopsis — Dans un futur proche, une épidémie transforme des humains en créatures animales, cops et âmes. François (Romain Duris) tente de sauver sa femme, touchée par le mal, tout en protégeant son fils de 16 ans Émile (Paul Kircher) dans un monde en plein bouleversement.
Ciné-fille — En lisant le synopsis, j’avais quelques doutes envers Le règne animal. Mais en visionnant la bande-annonce, j’ai éprouvé l’envie de voir ce film. D’abord, parce qu’elle m’a rappelé que Romain Duris pourrait probablement lire un mode d’emploi de petit électroménager et rendre cela touchant. Et ensuite parce que l’histoire semblait être d’avantage qu’une histoire fantastique abracadabrante, un film humain.
Sans trop en dire, car cela gâcherait votre plaisir si vous regardez Le règne animal, le père et le fils devront traverser diverses épreuves et étapes, tant individuellement que dans leur relation. Et en mari aimant et en père inquiet, Romain Duris est parfait, comme presque toujours. Il sait rendre l’émotion de manière juste et subtile, sans nous la jeter à la figure. La chimie avec Paul Kircher fonctionne. Donc le premier point est confirmé.
Pour ce qui est du deuxième point, après visionnement, le film s’avère, en effet, être bien plus qu’une histoire fantastique. On y retrouve des parallèles entre la pandémie, la crise des migrants, le réchauffement climatiques et l’extinction des espèces. Mais c’est surtout un film sur l’amour entre un père et son fils, de même qu’un film sur la transformation liée à l’adolescence, ce que Thomas Cailley filme avec justesse.
Le règne animal, dont le style fantastique est inhabituel en France, a été récompensé par 5 César en 2024 (photo, musique, effets visuels, son, costumes), sur 12 nominations. Un film touchant sur l’acceptation de l’autre et des différences. Bref, un film humain. 7,5 sur 10
Ciné-gars — Je n’étais pas certain de vouloir regarder Le règne animal, craignant que ce soit trop rocambolesque. Mais une fois que l’on accepte l’idée que c’est une mutation causée par un virus qui transforme les humains en animaux, ça va. Parce que ce qui est vraiment au cœur de l’histoire, c’est la relation entre un père et son fils adolescent.
Ce qui est intéressant, c’est de voir les réactions et opinions différentes des gens, face aux « créatures » selon ce qu’ils ont vécus. Par exemple, les villageois se sentent lésés par leurs présences, qui éloignent les touristes. Certains voudraient les enfermer, d’autres leur laisser un espace pour être libres. Mais la peur prend pratiquement toujours le dessus.
La relation d’Émile avec une adolescente de sa classe, qui est TDAH, apporte des scènes intéressantes et ajoute au film, grâce, entre autres, au talent de la jeune l’actrice. Les effets spéciaux des gens se transformant en créatures sont réussis. 7,5 sur 10
