Le Faucon pèlerin

Sur le quai de la gare de Prévost, les annonces des conférences. – Emma Guerrero Dufour
Emma Guerrero Dufour
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Conférence du biologiste Pierre Dupuy

Emma Guerrero DufourAvec une présentation de 70 diapositives, le biologiste retraité Pierre Dupuy en avait long à dire sur Blanche et Tom, le couple de faucons pèlerins dont l’installation dans les escarpements de Prévost et Piedmont remonte à 2016.

Une vingtaine de personnes ont pris part à la conférence organisée par le Comité régional pour la protection des falaises (CRPF) le 18 août 2019 en matinée, dans le cadre de l’évènement Le massif raconté par ses animaux.

Les murs de la gare étaient ornés, pour l’occasion, de photos du couple de faucons pèlerins, prises par Doris Hall, membre de la Vigie Faucon du CRPF.

Les faucons nichent dans les parois des escarpements de la Réserve Alfred Kelly, avec comme orientation le sud, à l’abri des intempéries et de l’insolation.

Des bénévoles passionnés

«Mieux connaître pour mieux protéger», c’est le mandat de la Vigie faucon, ce groupe de bénévoles passionnés dont l’objectif premier est la conservation. 

Leurs activités se résument à l’observation et la documentation de la vie du couple ailé, pour mieux connaître leurs comportements en période de reproduction et documenter toute éventuelle menace. On s’intéresse à la présence ou non de faucons, à leurs interactions avec d’autres espèces, aux lieux de leurs activités, ainsi qu’à leur réaction à la présence humaine.

«On a beaucoup plus de questions que de réponses», soutient le biologiste Pierre Dupuy, et ce, malgré plus de 1400 heures d’observation ayant été réalisées par les bénévoles entre 2017 et 2019, pour une moyenne de 400 heures par année. 

Des boules de régurgitation permettent au biologiste et à son équipe d’analyser le régime alimentaire de ces oiseaux carnassiers. Selon les plumes retrouvées sur le site où nichent les faucons, ces derniers se nourrissent de goélands à becs cerclés, de canards colverts, de martinet, de pic mineur, mais principalement de geais bleus. 

Le lac Paradis a été identifié comme source de nourriture importante pour les faucons en raison de l’abondance des herbiers aquatiques qui attirent des proies, des canards notamment.

Une espèce préoccupante

Un faucon pèlerin prise à Prévost – photo de Doris Hall

Le faucon pèlerin a été mis au rang d’espèce préoccupante en 2017 et n’est donc plus classé comme espèce en danger. Selon Monsieur Dupuy, la population de faucons serait en hausse au Québec actuellement.

Toutefois, certaines activités humaines comme l’escalade sur glace sur les escarpements ont le potentiel de déranger le couple ailé. Le biologiste a également identifié une corrélation entre la présence d’un drone et le départ du faucon de son lieu de prédilection, les falaises.

Les variations extrêmes de températures, comme des printemps pluvieux et froids ont un potentiel de nuire aux faucons, comme à toutes les autres espèces, selon Pierre Dupuy qui identifie le climat comme la principale cause de mortalité des fauconneaux. «Les changements climatiques, c’est un drame biologique», soutient-il.

Même s’il ne possède pas des données prouvant que les changements climatiques ont nui aux faucons de la réserve Kelly, le biologiste à la retraite est loin d’être rassuré. «Ça ne peut pas ne pas avoir d’impact», affirme-t-il. Ce dernier soupçonne que l’arrivée tardive des faucons a été causée par l’hiver tardif de cette année. Tout le cycle de reproduction de l’oiseau s’en retrouve ainsi décalé, puisque l’hiver tardif change aussi les conditions alimentaires du faucon, ses proies tardant, elles aussi, à se reproduire.

Un oiseau de proie fascinant

Ce passionné des faucons, qui est membre de la vigie depuis 2016, n’a pas caché son émotion d’assister à des accouplements de faucons. «Ça se voit, ça s’entend, ça vous revire à l’envers», raconte le biologiste, visiblement impressionné devant ces ébats.

Lors de l’observation des comportements des fauconneaux, il a été donné aux bénévoles de voir des baptêmes de l’air, que le biologiste décrit comme un spectacle absolument fascinant.

Les vigies, qui durent habituellement deux heures en moyenne, peuvent se prolonger s’il y a de l’action, et durer jusqu’à six heures, où les passionnés purs et durs témoignent de l’œuvre de dame nature.

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