Mots et mœurs

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Gleason Théberge
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Dimanche, double jour

Gleason Théberge -L’œil lecteur aura déjà noté qu’au calendrier, le nom du dimanche commence là où les autres jours se terminent. Après ce DI, qui rappelle le dies (jour, en latin), le dimanche (dies dominicus) est marqué d’une référence spécifique au principe d’autorité du dominus latin. On se rappellera que c’est grâce à l’influence des cinq cents ans de l’Empire romain que le latin (lingua franca) s’est répandu en Europe, à la manière dont de nos jours l’importance économique des États-Unis fait considérer l’anglais comme principale langue de communication internationale. C’est ainsi dans l’ancienne langue impériale, modifiée par chacune des langues locales, que la religion catholique a fait du dimanche le jour de son dieu. Parallèlement, chez les chrétiens orthodoxes de Russie, le dimanche a été dit jour de la résurrection (voskresevie).

Or, le mot qui désignait à l’origine tout maître a donné naissance, entre autres, à dominer, tout comme à domaine. Cet aspect de domination est d’ailleurs une caractéristique du Soleil, qui règne dans le ciel en y assurant au matin la naissance du jour et sa mort en chacune de ses disparitions. Il est ainsi normal que dans la répartition des planètes selon les jours, les premières civilisations aient désigné leur jour principal en l’honneur de l’astre. Une pratique attestée chez les anciens peuples nordiques, avec le disul breton, et conservée dans le Sunday anglais et le Sonntagallemand. Mais dans d’autres cultures, le fait qu’il s’agissait d’un jour de repos a conduit, en hongrois par exemple, à un dimanche appelé vasarnap, un mot qui contient la section vasar (marché) d’où dérive le bazar anglais. Le portugais établit le même rapport avec son foira (jour de foire, fête).

Sur notre calendrier, un autre aspect du dimanche est qu’il est placé au début de la succession des jours de la semaine, alors que c’est généralement le lundi qui est considéré comme le premier jour de la semaine (de travail). Cette double identité où il appartient à la fin de la semaine et en commence une autre n’est pas sans rappeler la vingt-deuxième carte du tarot des Imagiers du moyen-âge, le Mat, aussi perçu comme portant le numéro zéro puisque contrairement aux autres lames aucun nombre n’y apparaît. En un jeu de disparition et réapparition, sa représentation habituelle en fait un voyageur errant qui reprend le personnage de l’habile Bateleur figurant sur la première carte du même jeu d’arcanes. Les arts martiaux décrivant les degrés de la progression en couleurs de ceinture connaissent la pratique des adeptes accomplis qui reviennent au blanc du débutant.

On notera enfin que plusieurs de ces aspects du dimanche ont déjà été chantés par Félix Leclerc dans: Et c’est dimanche que s’arrêtent / ceux qui ont pain et amitié / Ceux qui n’ont rien regardent couler / le son des cloches sur les toits. 

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