Printemps divers

Gleason Théberge
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Gleason Théberge – Au Québec, comme dans tous les pays aux langues apparentée au français, personne ne s’étonne qu’à partir de septembre, le nom du mois évoque plutôt le chiffre 7 : en anglais (september), en espagnol (setiembre), en italien (settembre) et en portugais (setembro). Suivent ceux des chiffres 8 (octobre) 9 (novembre) et 10 (décembre), alors qu’il s’agit des neuvième, dixième, onzième et douzième mois de l’année. 

Cette numérotation apparemment incohérente est due à l’origine commune de l’ancienne année romaine qui commençait en mars. Notre printemps dérive ainsi de prinstempus. Ce prins ou primus signifie qui vient avant (comme dans premier, pour les mots princeou principal). 

On notera que le printemps commençait en honorant Mars (dieu de l’énergie) et qu’ensuite c’est la douceur qui apparaissait avec avril / April (de ouvrir), où c’était Vénus qui était honorée, puis le mois de mai/ May dont le nom évoque Maia (la déesse de la fertilité). 

Ces références sont évidemment différentes chez d’autres nations, même de parenté avec la nôtre, et associent le début de l’année à d’autres perceptions. En espagnol, le prima latin apparaît aussi dans un primavera, mais la finale se retrouve dans le nom de l’été(verano). Le printemps n’y fait alors que précéder la saison chaude, quasi considéré comme la vraie saison de référence. Un peu comme à l’inverse, un vice-président peut être perçu comme un quasi-président. L’allemand s’en rapproche avec l’appellation frühling, dont le früh signifie précoce. Là aussi, le printemps fait référence au début d’une saison qui en sera ensuite une vraie : l’été.

Notre printemps arrive d’ailleurs trois mois après le début de l’année civile, presque marquée par la période de Noël où commence la véritable rallongée de la durée du jour, qui comporte l’esprit de renouveau. 

Selon la tradition chrétienne de Pâques, au Québec, le printemps évoque plus tard, précisément le réveil de l’ensoleillement, et célèbre la lumière, dont on se partage la flamme du cierge pascal. Une annonce, en quelque sorte apparentée au lente, nom de la saison en néerlandais, l’associant à une progression douce vers la vraie chaleur. 

Un phénomène également transposé en anglais dans le spring time (printemps) qui décrit le jaillissement et s’applique surtout à l’eau, substance dite la plus pure quand elle est recueillie précisément le matin de Pâques.

En Roumanie, la Baba Dochia (la vieille Dokia) représente d’ailleurs l’impatience de la nature pour le retour du printemps. 

Au Japon, plus calmement, la saison est marquée par la contemplation des cerisiers en fleurs. Un rappel nostalgique de la beauté jeunesse. Ne parle-t-on pas nous-mêmes couramment de l’âge de quelqu’un en disant qu’il en est à son ixième printemps : une manière de souhaiter être sans cesse en route vers de nouveaux étés. En parallèle,Ce genre de célébration d’espoir et nos fêtes animées se maintiendront-elles sur notre planète menacée par les changements climatiques ? Serons-nous plutôt confinés à ne plus vivre que des printemps d’hiver ?

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