Gouvernance et majuscule

mot et moeurs, journal des citoyens
Gleason Théberge
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Mots & mœurs

Gleason Théberge – On s’étonnera peut-être de voir le mot gouvernement rester sans majuscule. Il désigne pourtant l’autorité législative et administrative d’un pays. C’est cependant normal, puisque le terme ne constitue pas un nom propre et n’a pas d’autre signification. En matière de conduite d’une institution on parlera d’ailleurs de gouvernance ou de gestion, mais le gouvernement c’est toujours l’institution elle-même. Tout comme le mot pays désigne n’importe quel territoire d’appartenance.

Parmi les autres termes qui évoquent les institutions, l’État, lui, porte la majuscule, parce qu’il s’oppose à l’autre usage du mot quand on mentionne la condition d’un objet ou d’une personne. Un outil peut ainsi être dans un mauvais état s’il ne peut pas être utilisé, tout comme une personne peut se trouver dans un meilleur état si elle vient de guérir d’une maladie. Dans ce cas, la majuscule n’est pas nécessaire, puisqu’elle n’est utilisée que pour les noms propres : bateau, commerce ou personne physique, imaginaire ou morale.

Ce principe qui distingue le sens premier de celui qui se restreint à une seule réalité magnifiée s’applique d’ailleurs au mot ville. On écrit ainsi qu’une ville couvre telle étendue ou est habitée par telle quantité de personnes, mais qu’une Ville a décidé ou non d’augmenter son taux de taxation des bâtiments. C’est en effet l’institution et non le territoire qui assume la gestion des affaires courantes. On dira ou écrira pareillement qu’un Cégep offre ces temps-ci davantage de cours qui se déroulent au cégep, en distinguant par l’usage de la majuscule les gestionnaires et par la minuscule le lieu des activités d’enseignement.

Dans le cas de la municipalité, l’affaire est moins facile à traiter. Le terme s’applique à tous les regroupements locaux, ville, métropole ou capitale; et les dictionnaires attribuent généralement la minuscule autant aux terrains qu’aux autorités municipales. Or, cet usage à deux sens est en contradiction avec le principe essentiel à la formulation des noms propres. On peut effectivement considérer qu’en écrivant municipalité de Prévost, la vraie majuscule doit être portée par le nom du lieu; mais en l’absence de cette désignation précise (Prévost), on devrait écrire la Municipalité. C’est entre autres le cas à propos, par exemple du ministère des Affaires municipales, où la majuscule souligne le domaine où il intervient en propre. Mais on notera que si dans un texte donné, après l’usage de cette appellation, on l’évoque à nouveau, on écrira le Ministère, pour qu’on comprenne qu’il s’agit toujours de lui.

La langue évolue avec l’usage, et c’est lui qui fait loi. Or, personne n’est empêché d’aller plus vite que le dictionnaire, lequel répertorie l’usage et ne le propose pas. On en trouvera un autre exemple dans l’abus que les médias font du mot Américains pour ne désigner que les Étasuniens. Toute personne habitant l’une ou l’autre des Amériques n’est-elle pourtant pas une Américaine?

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