Chronique Mots et mœurs

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Gleason Théberge
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Impôts et préfixes

Gleason Théberge – Les calculs à effectuer quand arrive le temps des impôts prend généralement l’allure d’un casse-tête, mais c’est aussi l’occasion d’utiliser un vocabulaire particulier.

Déjà, le terme impôt, par exemple, est parfois utilisé pour décrire le rapport annuel qu’il faut présenter sur ses finances personnelles. Or, contrairement à l’usage courant, il ne s’agit alors pas de produire un rapport d’impôt

C’est plutôt une déclaration de revenus que nous avons à soumettre. Selon le résultat de nos calculs, l’impôt c’est la part que l’État nous réclame sur ce que nous avons gagné durant l’année, tout comme dans nos sociétés catholiques, l’Église demande sous le nom de dîme l’équivalent symbolique du dixième de nos avoirs. Or, s’il y avait un rapport d’impôt à présenter, ce serait au gouvernement qu’il reviendrait de le faire sur ce qu’il perçoit, en regard des services qu’il nous rend ou pas.

Le mot impôt, quant à lui, provient du verbe imposer, dont le IM- qui s’ajoute au poser donnait jadis au mot le sens de « placer dans », comme dans importer (porter dans un autre endroit, faire venir dans son pays). 

Le verbe a ensuite dérivé vers un synonyme d’obliger, comme dans imposer son opinion, sa volonté. Il s’agit là du jeu des préfixes, ces quelques lettres placées au début des mots qui en modifient le sens. 

Ce IM-, aussi formulé IN-, est un préfixe particulier, puisqu’il sert aussi à contredire, entre autres, quand il fait partie de mots comme leimpossible ou le inapplicable (nul) de certaines rubriques de notre déclaration, où le IM-/IN- nie la possibilité ou la pertinence.

 C’est d’ailleurs aussi le cas du DÉ d’avoir des effets contradictoires : il peut ainsi renforcer le sens du même poser, dans le déposer qui nous fera émettre le paiement d’une somme que le gouvernement déposera dans ses comptes. 

Dans le fait de déclarer nos revenus (imposables), le DÉ- sert aussi à renforcer le clarer, de même racine que clair, c’est-à-dire « vrai ». Déclarer, c’est ainsi préciser de quels revenus nous disposons et en affirmer que l’information est exacte. 

Pourtant, pour ce faire, il faut démêler revenus et dépenses, pour en arriver aux stricts résultats nets; or, comme pour le IM-, ce DÉ- qui apparaît dans démêler porte cette fois le verbe à indiquer l’action inverse de mêler (fusionner). Tout comme défaire signifie le contraire de faire (sa déclaration). 

Ces deux préfixes ne sont pas les seuls à être ambigus, mais heureusement d’autres préfixes le sont moins. C’est notamment le cas des deux formes équivalentes PER (perforer : trouer complètement) et surtout PAR (parfaire : faire totalement). 

Dans percevoir (voir clairement) il conduit à signifier « récupérer une somme précise ». C’est ce que fait l’État percepteur (celui qui perçoit l’impôt), mais aussi le contribuable quand il a le plaisir de percevoir une somme qui lui est rendue pour avoir trop payé d’impôt.

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