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Gleason Théberge
Certains disent ne pas s’intéresser à la poésie. Ils pensent qu’elle est réservée aux rêveurs. C’est oublier qu’elle fait partie des conversations courantes, où elle sert d’abord à dire autrement.
Quand il s’agit d’écouter son cœur, ce n’est pas du rythme de ses battements qu’il est question mais de la capacité d’aimer, de comprendre l’autre et d’être généreux. Tout comme donner sa parole implique plutôt que l’autre sache qu’on se conformera à ce qui est promis. Et prêter l’oreille ce n’est pas non plus la laisser à quelqu’un d’autre pour qu’il s’en serve, mais (en jouant encore sur les mots) c’est l’écouter avec intérêt.
Sans qu’on y songe, entendre à rire fait un pas de plus vers une signification moins évidente des mots utilisés, puisqu’il s’agit d’être porté à l’humour, accepter que ce qui est dit ne peut être compris qu’indirectement. On ne se sert d’ailleurs pas non plus de ses mains pour tenir des propos. Ce genre d’écart lié à diverses expressions entre le sens premier des mots et ce qui doit être compris ne devient poésie évidente que dans les évocations qui ne correspondent plus aux habitudes du dire. Le texte poétique doit être original.
Comparer un enfant à un ange est habituel, et chacun comprend qu’on le dit alors sage (comme une image). Mais si on entre en poésie avec cet extrait d’un portrait qu’en offre Saint-Denys Garneau dans : C’est un drôle d’enfant / C’est un oiseau / Il n’est plus là / Il s’agit de le chercher quand il est là
L’information cette fois communiquée ne peut plus être traduite d’une façon précise. Les mots y deviennent fenêtre ouverte sur un paysage d’idées, dont une brève perception personnelle peut être que l’enfant aux manières délicates est dans la liberté de l’âge où bouger est essentiel, avec une sorte d’absence dans ses jeux; et que les parents savent à quelle vitesse le petit être fragile quitte toujours le nid; qu’il faut l’aimer quand il est là.
Mais la vision, que je vous en offre, peut être remplacée par une autre soulignant que comme l’oiseau il nous est étranger. La différence entre le poème et nos expressions disant autre chose que ce qui est dit, c’est qu’il est à réécrire par l’œil lecteur. Ce que le poète québécois a voulu dire ne tient pas seulement à l’intention qu’il avait. Il faut savoir ouvrir son cœur à ses propos. Le Mon pays, c’est l’hiver de Gilles Vigneault ne se limite pas à l’importance de la saison froide; tout comme La vie de factrie de Clémence Desrochers, à la routine d’un travail humble.
Un poème ne se résume pas, on ne peut que l’interpréter, comme l’artiste qui sur scène joue et danse son rôle à sa manière, offre son énergie à une mélodie; en peinture offre sa sensibilité. Sans le savoir, peut-être, chaque lecture réinvente le texte.
