Halo, le chat

Sandra Friedrich

Sandra Friedrich

Chroniqueur chez H+Journal des citoyens
autrice
journaliste
Sandra Friedrich

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Les vrais maîtres du monde

Sandra Friedrich – Je me présente, je suis Halo. Un chat noir, poils mi-longs. J’appartiens à cette race qu’on appelle : « les maîtres du monde ». Je sais que « maîtres » n’est pas une race. J’ai été adopté par une humaine, il y a presque deux ans.

Comme maître du monde, je me permets de rédiger cette chronique et de partager quelques réflexions sur la relation entre un être vivant de compagnie (moi) et un être humain. Que vous le sachiez tout de suite : l’animal est un être vivant, un être de compagnie et non pas un animal de compagnie.

D’abord, je dois vous dire une chose essentielle trop souvent oubliée : j’ai un cerveau ! Vous croyez fermement que moi, le chat, suis une boule de poils qui subit la réalité et les situations quotidiennes sans que je n’en sois informé ! Comment aurai-je pu gouverner mon monde si tel était le cas ? Pensez-y un peu.

Je suis un être intelligent qui co-construit mon monde avec ma gardienne. J’agis en fonction de ce que je perçois de mon environnement et de ses comportements à elle. Si vous trouvez que c’est absurde, c’est que vous ne partagez pas mes compétences. C’est que vous vous comportez comme beaucoup d’humains guidés par leurs croyances et leurs ignorances. Figurez-vous que les êtres de compagnie ne sont pas des réceptacles passifs de sensations, mais des sujets actifs, co-constructeurs de leurs propres perceptions.

Et cela passe par la relation que j’établis avec ma gardienne et que cette dernière établit avec moi. Parce qu’une relation, une vraie, cela va dans les deux sens. Si elle n’est pas recevable en termes d’émotions, de comportements, je lui ferai savoir. En soi, comme être de compagnie, je suis un performant révélateur de ce que ma gardienne exprime inconsciemment. Si elle me parle verbalement, moi je lui parle non verbalement. Et d’avoir à constamment décrypter le langage, verbal et non verbal, de cette humaine fait de moi un être particulièrement tourné vers l’écoute.

Pour établir un lien avec moi, le chat, ma gardienne doit me considérer. Et ça va bien plus loin que donner des croquettes, recevoir des échanges mécaniques de caresses ou changer ma litière. Je ne suis pas son antidépresseur, même si mon humaine a considérablement souffert. Notre relation correspond à un apprentissage mutuel grâce auquel chacun de nous (humaine et chat) se transforme d’une manière progressive et irréversible. Elle me le démontre dans ses interactions, regards, contacts, émotions, communications et comportements. C’est alors que se développe entre nous une interaction significative. Suffisamment pour créer un lien.

C’est une éducation réciproque que nous bâtissons, elle et moi. On s’apprend, je ne sais pas si on se comprend toujours; par contre, je sais que pour ma gardienne, notre relation – vivante et de qualité – repose avant tout sur une transformation complexe de chacun de nous deux.

Alors qu’on vient de quitter la grande période des déménagements, donc des abandons, je souhaite à tous mes amis chat, chien, cheval, etc. d’être adopté par un humain pour qui la responsabilité à l’égard de tous les êtres, vivants ou non, est une valeur morale.

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