Mots et mœurs

Gleason Théberge

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Auteur/autrice

Gleason Théberge – Un nouveau débat vient de s’ouvrir chez nous sur les noms de fonctions assumées par des femmes. Cette chronique revient sur ce sujet1 pour aborder la volonté récente de féminiser autrement le terme d’auteure en parlant d’autrice.  

Les dictionnaires sanctionnent cette expression, mais jusqu’à tout récemment au Québec, c’est d’une auteure que l’on parlait, alors qu’une autre expression courante était déjà écrivaine. Celles et ceux qui préfèrent désormais autrices’appuient sur directriceproductrice ou réalisatrice… D’après ces défenseur.e.s, le mot qui existait auparavant aurait été déclassé par le générique auteur, qui a ensuite longtemps désigné la femme ou l’homme qui produisait une œuvre, entre autres, dans le domaine de la littérature. 

Ce féminin en –ice, relativement court remplace au moins les formes plus encombrantes, et parfois disparues, des chasseressedoctoressedéfenderesseministresse ou professoresse. Depuis, la ministresse, quant à elle, a tout simplement retrouvé l’élégance de ces termes dits épicènes qui s’écrivent de la même manière pour désigner femme ou homme. La ministre rejoint ainsi l’astronaute, la bénévole, la britannique, la capitaine, la fonctionnaire, la gymnaste, la scientifique, la violoniste… Une presque aussi grande sobriété a généralement permis la forme plus sobre encore de la finale en – eure pour docteureentrepreneureprofesseure (dérivé en prof)… Ces sonorités identiques ont le mérite de ne pas obliger en paroles à doubler les appellations devenues courantes des Québécoises et Québécois ou des électeurs/électrices. Car la langue procède volontiers en raccourcissant les mots, par exemple, pour l’ordi(nateur), la manif(estation), la réno(vation). À l’écrit, de nouvelles formules sont d’ailleurs apparues qui allègent le redoublement. Ce fut d’abord l’usage de la parenthèse, comme dans étudiant(e)s, puis le tiret (chercheur-e-s), mais c’est désormais le point qui s’impose : les assistant.e.s.

Le français n’est pas sexiste : les mots y ont simplement deux genres qui n’ont rien à voir avec le sexe d’une personne(mot féminin) ou d’un individu (mot masculin); ils n’attribuent évidemment pas de sexe aux choses. Les noms sont généralement masculins ou féminins, s’ils désignent spécifiquement un homme ou une femme, mais aussi de façon tout à fait aléatoire : qu’y a-t-il de masculin dans le regard, ou de féminin dans la vue ? De nombreux animaux, pourtant sexués, n’ont d’ailleurs qu’un nom féminin ou masculin pour les évoquer : qui songerait à dire un baleine ou une geai bleue ? Il n’y a que chez les espèces domestiques ou sauvages intéressant les humains que sont différenciés mâle (chat/chatte/chaton), femelle (mouton, brebis, agneau) ou progéniture (ours/ourse/ourson). 

On comprendra, ici, qu’il me semble préférable d’utiliser auteure. Mais chacun.e choisira.

1. En chroniques de décembre 2007 et juillet 2016

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