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Gleason Théberge – Quand on se rencontre, on se demande Tu vas bien?… Ça va? Une manière de se rassurer sur le fait que la vie persiste chez les autres dans les habitudes qui sont aussi les nôtres. Cette erre d’aller, à la façon de l’énergie conservée par le navire sur les vagues, permet de se quitter après de longues ou courtes conversations avec un certain réconfort.
Ce verbe aller, qui signifie alors être dans un état satisfaisant, est d’ailleurs d’un usage d’une rare fréquence puisqu’il sert à créer ce que la grammaire moderne appelle le futur proche. J’espère qu’Il va faire beau, se dit-on alors avant de se quitter, plutôt que le Il fera beau du futur simple.
C’est ainsi que les actions concernant l’aller impliquent très souvent dans plusieurs verbes les rapports entretenus avec les autres personnes. Quand il est question, cependant, de les impliquer en mentionnant qu’on les accompagne d’une manière ou d’une autre, une certaine confusion survient, par exemple, entre le fait de porter quelque chose et l’aide offerte en guise de soutien moral ou concret. On entend alors souvent dire qu’on porte quelqu’un chez lui ou dans un autre lieu. On oublie alors que ce verbe implique davantage une sorte de charge qu’un accompagnement.
Les services de transport en commun véhiculent d’ailleurs des gens, et quand il est question d’un ami réel ou occasionnel, c’est le fait de les conduire personnellement qu’on assume. On l’emmène avec soi-même, on marche avec lui jusqu’à un endroit que parfois il ne connaît pas ou parce qu’il ne dispose pas du moyen de s’y rendre. On lui offre alors en covoiturage un siège dans une voiture, à l’occasion d’un voyagement, un terme qui remplace agréablement l’usage du mot lift, très courant mais de provenance anglaise. Et si le déplacement est plus ou moins définitif, on parlera d’emmener quelqu’un à l’aéroport, l’y reconduire avec ses bagages, jusqu’à un avion, dont on peut dire qu’il l’emporte, puisqu’il le prend pour le laisser ailleurs.
En contrepartie, ce qu’on peut porter, c’est un vêtement sur soi, un colis pour le mettre à la poste; ou mentalement, un souci, un deuil, une attention particulière à un problème, un projet pour le mettre en exécution. On apporte aussi les fleurs qu’on offre, sa contribution à un évènement collectif, Et comme emmener peut aussi être dans ce cas utilisé, il faut noter que s’il s’agit d’y accompagner quelqu‘un, c’est amener qui convient davantage parce que le mot réfère à la main et désigne précisément ce qu’on peut prendre par la main; mais on ne porte pas quelqu’un, à moins qu’il soit blessé ou qu’il s’agisse d’un enfant tenu dans les bras ou protégé au ventre de sa mère.
Une ultime référence à ce précieux aller concerne l’habitude québécoise tenace d’insister en disant qu’on monte en haut, alors que monter suffit et qu’aller en haut, à l’étage ou aux chambres désignent tous déjà le déplacement.
