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Gleason Théberge – Nos mots sont construits de graphies accolées (morphèmes, porteurs de sens), mais l’usage fréquent ne nous le fait pas remarquer. On les débute, par exemple, en renforçant l’action de ré-chauffer, la répétition dere-lire ou la négation d’a-normal, d’in-attendu ou d’im-possible.
En finale, on leur additionne les marques du pluriel en violo-nistes ou violon-neux; l’adjectif belle devient l’adverbe belle-ment; diverses finales de verbes en modifient l’identification du sujet et la référence au temps dans aimions, aimeront; ou l’évocation de l’hypothèse avec aimerais. Et d’autres ajouts expriment, par exemple, l’action (blanchissage), le goût (délicieuse), la taille (épinglette), la manière (prudemment) ou l’aptitude (sensibilité)
Et diverses formes grecques donnent aux mots une certaine noblesse dans aéro-port, éco-responsabilité, phosphor-essence, biblio-thèque. D’autres proviennent du latin : circon-férence, infra-structure, super-marché.
Or, à la manière de la durée des jours qui augmente l’été, moment où elle se met à diminuer, cette diversité d’informations parlées ou écrites n’empêche pas les usagers de raccourcir les mots les plus fréquents. À commencer par ce métro, que plusieurs langues ont adopté pour leur propre service de transport sous-terrain, dont les rails sortent aussi de terre. On se rappellera qu’il s’agit d’une abréviation du métropolitain aménagé à Paris, et dans d’autres très grandes villes, chacune souvent capitale du pays.
En est proche le tram (tramway) et plus accessible, le vélo, venu de vélocipède, pour véloce (rapide) et pède (pied, comme dans pédestre). Leur est parallèle l’auto (véhicule mobile par lui-même).
Mais c’est évidemment aussi de la modernité que les abréviations proviennent : l’ordi, qui nous a permis d’éviter l’anglicisme du computer; la télé (à distance), qui a progressivement perdu graphe, bus, phone, avertisseur et vision,pour voir l’idée de communiquer à distance transférée dans le cèle, multiphone des réseaux planétaires. Tout comme sont apparus coloc, apparte et plus récemment les « je reviens dans pas long », remplaçant pas longtemps; et le tantchassant le tellement pour répondre « pas tant » à qui demande si on a apprécié quelque chose.
Une langue est d’ailleurs faite d’abord pour parler autour de soi. Selon les circonstances des conversations, il est d’ailleurs normal d’adapter son discours et de suivre les modes qui permettent d’être compris. Quand il est question d’écrire, cependant, avec l’auditoire étendu par la publication des textes, les règles ne récupèrent que lentement les manières de dire, voire les caprices, si ces usages se maintiennent; sinon, pourrions-nous dans deux cents ans lire encore Émile Nelligan, Anne Hébert, Denise Boucher ou Serge Bouchard sans traduction?
