Articles by Gleason Théberge

Tel, un adolescent

Gleason Théberge – Comme tous les adolescents, Tel se préoccupe de son entourage. Casquette à l’envers, il s’accorde, souvent malgré lui, avec ce qui le précède : un comportement tel ou une attitude telle ne surprendra d’ailleurs personne. C’est d’ailleurs lui qu’on retrouve dans l’anonymat des Untel ou Unetelle, qui évoquent l’identité floue de quiconque ne s’est pas encore affirmé socialement, ne désirant surtout pas être défini en parenté avec la génération précédente. Or, même avec une mémoire telle ou des souvenirs tels, il s’intéresse plus souvent à ce qui s’en vient, palette de casquette vers l’avant, pour indiquer qu’il s’accorde avec le nom ou le pronom vers lequel il va, tel un vélo de montagne ou telle une bicyclette de rue, selon le genre du mot qui le suit. Contre la formule habituelle, il dira tel père telle fille ou telle mère tel fils… Il avance ainsi dans la vie, telle une espérance ignorant sa quête, avec de tels désirs qu’il voudrait tous les satisfaire, et menacé parfois par des inquiétudes tels des orages aux pluies éternelles. Il vit d’ailleurs toujours en se comparant, soucieux de son univers, car telle est sa préférence, de prendre l’allure du mot qu’il introduit,…


Les demi-frères

Mots et moeurs Gleason Théberge– La grand-mère dont je vous parle depuis quelque temps a aussi quelques petits-enfants, que leurs parents ont nommés Jamais, Pas, Personne, Plus et Rien. Ils ont un demi-frère, né d’une première union, dont la mère est morte en lui donnant naissance. Frappé par la mésaventure, son père l’a appelé Ne, avant de s’en occuper seul. Le veuf s’est remarié quelques années plus tard, mais il avait eu le temps de développer une affection si particulière envers son premier né, enfant fragile et tolérant mal la solitude, qu’il a insisté dès son adolescence pour qu’il lui promette d’être toujours accompagné par un de ses demi-frères. De telle sorte que chaque fois qu’on rencontre Ne, il est toujours avec l’un d’eux. Il  n’y manque jamais, n’oublie pas sa promesse, ce qui ne surprend personne, même s’il ne se formaliserait plus du contraire; et ses demi-frères ne lui demandent rien en retour du service qu’ils lui rendent. Ils sortent d’ailleurs parfois sans lui, pas faciles à inquiéter, mais jamais la nuit et sans personne d’autre, comme plus d’un qu’un rien rendrait inquiet. Évidemment, le père ne peut pas toujours surveiller ses enfants. Il arrive alors qu’en paroles certains…


Les jumeaux

Mots et moeurs Gleason Théberge– Les jumeaux Pareil et Comme se ressemblent beaucoup, mais n’ont pas le même comportement. L’un garde une distance en se comparant, et sa grand-mère dit qu’il est pareil à son père; alors que l’autre est plus direct, « tout à fait comme sa mère », dit-elle. Alors, parce qu’elle n’arrive pas à les distinguer et qu’elle ne veut pas qu’ils lui jouent de mauvais tours, elle leur impose de ne jamais se trouver devant elle ensemble en même temps : chacun peut ainsi dire ou écrire que telle chose est « pareille à une autre » ou qu’elle est « comme telle autre »; mais jamais qu’elle est « pareille comme une autre ». Ce serait agir à la manière de ceux qui disent « monter en haut » ou qui utilisent deux fois la référence à la personne dans « je me lave mes mains », alors qu’il convient de formuler « je me lave les mains ». Or, les jumeaux ont fini par trouver une manière de se présenter à elle ensemble, sans désobéir à leur aïeule : on peut décrire une chose « comme pareille à une autre », lui ont-ils fait remarquer….


Mémoires

De l’imprimé au virtuel Gleason Théberge – La Société d’histoire de la Rivière-du-Nord annonçait, le vendredi 24 février dernier qu’elle était dépositaire de copies papier, microfilms et numériques de plusieurs journaux de la région. Les éditions de 1897 à 1947 de l’Avenir du Nord, celle de 1947 à 1967 du Progrès du comté de Terrebonne, et quelques années de celles de l’Écho des Mille-Îles, de l’Écho du Nord et du journal Le Nord sont ainsi disponibles pour consultation à leur centre d’archives situé rue du Palais, à Saint-Jérôme. La veille, à Prévost, le service culturel de la Municipalité lançait son Musée virtuel sur plateforme internet, consacré, entre autres, au patrimoine municipal, à plusieurs artistes citoyens et à l’ancien village de Prévost, une information détaillée dans nos pages. Cette effervescence culturelle, qui répond à point nommé aux préoccupations identitaires, nous rappelle la dimension diversifiée de notre nation et le souci de beaucoup d’entre nous de mettre les citoyens en rapport les uns avec les autres. Notre Journal poursuit d’ailleurs cette lancée, car dans cent ans, malgré le développement attendu de technologies virtuelles, ce sera dans nos pages que d’autres trouveront les échos de nos aventures sociales et le témoignage des nos préoccupations….


Si j’aurais

Mots et mœurs Gleason Théberge – Il était une fois un poisson-scie, que son ignorance fit tomber amoureux fou d’une raie. Elle était sa cousine, et leur grand-mère commune s’empressa d’interdire leurs fréquentations. – Vous exprimez tous deux la condition, mes enfants! – Comment ça ?, répondirent-ils. – Au J’irais…, qui présente une action incertaine, il faut plutôt joindre ce qui en permettra la réalisation,… si j’en avais le temps. Si vous n’étiez pas cousin-cousine, vous pourriez vous aimer, et ce n’est pas le cas, hélas ! Mais l’amour-passion, même condamné, n’en continua pas moins à fleurir. Leurs fréquentations, conditionnelles et fautives, furent sans cesse reprises dans le discours des générations, dont le propos semait le scandale avec des « si j’aurais su, je l’aurais pas fait », dont certains ne remarquaient pas le caractère indécent… – On ne doit pas vous voir ensemble, avait dit la grand-mère. – Nous y arriverons !, dit le poisson. – Vous ferez ce que vous voudrez, reprit la grand-mère, mais pas dans la même phrase. – Je veux savoir si vous nous en empêcheriez, répliqua la raie. Elle avait trouvé juste. La grand-mère n’a pu qu’approuver. Le si peut être suivi du conditionnel (ou du futur), s’il cesse d’exprimer…


Deuil au village

La plupart en auront appris la nouvelle déjà: le Marché Bonichoix du quartier Shawbridge cessera ses activités le 31 mai prochain. Du marché (Raoul) Filiatrault au marché (Jacques) Dagenais, géré ensuite par Madeleine Filiatrault, et son frère Yvon, l’actuel marché de proximité avait d’abord adopté la bannière Axep quand la famille Piché en a fait l’acquisition, en 2002. Et tout ce temps, la surface limitée des lieux permettait une fréquentation amicale du personnel, des allées et des comptoirs, lequel arrivait aisé- ment à bien connaître les clients coutumiers. Car c’était à une vie de village que l’établissement participait chaleureusement. Chacun y rencontrait une voisine, le professeur d’un de ses enfants, les dames de la poste, les commerçants d’en face… Accueillie aux caisses et au comptoir des viandes par les doyens, frère et sœur, Claude et Johanne Thibault, la population immédiate et des environs y trouvaient fruits et légumes de grande qualité, viandes préparées avec soin et servies avec humour, en plus de ce que tout autre établissement est en mesure de fournir en produits essentiels de tous genres. Et que dire des jeunes employés et des caissières qui y trouvaient un emploi près de chez leurs parents, tout le temps…